L’aspirine prévient-elle le cancer ?




CC 2.0 (DR)

L’aspirine prévient-elle le cancer ? C’est la question dont plusieurs experts ont débattu lors d’une session au congrès de l’ESMO. En l’état actuel des connaissances, les interrogations portent notamment sur les preuves qui encourageraient le recours à l’aspirine pour réduire le risque de cancer colorectal, voire d’autres pathologies malignes.

Un faisceau d’éléments plaide en faveur de l’aspirine. Mais sont-ils suffisants pour prendre le risque d’en prescrire à des millions de sujets en bonne santé ? Le professeur Robert Benamouzig* répond par l’affirmative : «L’efficacité de l’aspirine pour la prévention du cancer colorectal est prouvée depuis vingt ans de recherches. En 2010, des chercheurs ont publié une étude à partir de cinq essais randomisés. Laquelle a mesuré les effets de l’aspirine sur l’incidence et la mortalité liées au cancer colorectal. Elle a duré vingt ans et a été menée auprès 14000 patients. Ses résultats ont montré qu’une prise quotidienne d’aspirine, quelle que soit la dose, a réduit le risque de cancer colorectal de 24 % et les décès associés de 35 % au bout de 8 à 10 ans.»

Face à lui, le professeur Nadir Arber**, fait part de ses doutes. «L’aspirine est prometteuse pour la prévention secondaire des néoplasies colorectales ; en revanche son rôle dans la prévention primaire n’est pas encore prouvé. Ce qui signifie que la majorité de la population n’a pas besoin de prendre de l’aspirine. Pourtant, certaines populations présentant des risques très élevés pourraient en bénéficier. Je pense ici aux malades du syndrome de Lynch (cancer colorectal héréditaire sans polypose), aux personnes atteintes de polypose recto-colique familiale et celles souffrant d’un cancer ou d’un adénome colorectal déclaré. Avec les progrès à venir sur le profil génomique, nous serons en mesure d’identifier les personnes qui ont un risque élevé de développer un cancer colorectal et qui pourraient bénéficier d’une thérapie d’aspirine.»

Selon les récents travaux du professeur Arber, l’efficacité et la toxicité de l’aspirine dans la prévention des cancers peuvent être prédites à partir de quelques polymorphismes d’un simple nucléotide (variation génétique dans le génome humain). «Avant de se pencher sur la prévention des cancers par l’aspirine, nous devons avant tout développer les moyens d‘identifier les personnes qui vont en bénéficier sans avoir d’effets secondaires». Notamment, les saignements gastro-intestinaux et les hémorragies intracrâniennes.

* du département de gastro-entérologie de l’Hôpital Avicenne à Bobigny (France)
** le directeur de la Prévention intégrée du cancer au centre médical Sourasky de Tel Aviv (Israël)
Communiqué de l’Institut Claudius Regaud, centre de lutte contre le cancer – Oncopole –Toulouse