Aucune utilité du dosage du PSA dans le dépistage systématique du cancer de la prostate




Crédit photo : © Institut National du Cancer Américain - (domaine public)

“Aucune utilité du dosage du PSA dans le dépistage systématique du cancer de la prostate” par le Docteur Erard de Hemricourt. Les spécialistes du cancer (en tout cas la plupart) savent qu’il est inutile voire préjudiciable de pratiquer le dépistage systématique du cancer de la prostate par le dosage régulier du PSA sanguin. Les choses ont été dites, redites et sont considérées comme connues.

Voilà une nouvelle étude de grande ampleur qui ne contredira pas cet état de fait puisque, après avoir analysé les données de plus de 76 000 personnes vivant aux États-Unis et suivies durant une période de 13 ans, les médecins n’ont pas pu mettre en évidence un quelconque avantage en terme de survie (ou de mortalité) chez les patients présentant un cancer de la prostate dépisté par la technique du PSA.

Cette étude publiée dans le mensuel de janvier du Journal of the National Cancer Institue (Prostate Cancer Screening in the Randomized Prostate, Lung, Colorectal, and Ovarian Cancer Screening Trial: Mortality Results after 13 Years of Follow-up. Gerald L. Andriole et al. JNCI J Natl Cancer Inst (2012) doi: 10.1093/jnci/djr500) est en fait une prolongation d’une précédente étude, l’étude PLCO, dont les résultats basés sur un suivi de 10 ans, avaient été préalablement publiés dans la prestigieuse revue de médecine ‘New England Journal of Medicine’ en 2009.

Sur l’ensemble des 76 000 hommes suivis pendant la période de 13 ans, la moitié bénéficiait d’un dépistage dit ‘agressif’ comprenant un dosage annuel systématique du taux sanguin de PSA associé parfois à un toucher rectal. L’autre partie de la population disposait d’un suivi médical plus ‘classique’ comprenant un examen médical et, si nécessaire (pas obligatoire), d’un dosage du PSA sanguin. Élément important à signaler, tous les individus enrôlés dans l’étude étaient âgés de 55 à 74 ans au début de celle-ci (en 1993) et étaient considérés en bonne santé.

Bien que le nombre de cancers ait été nettement plus important dans le groupe soumis au dosage systématique du PSA (12 % de plus de cancers par rapport au groupe témoin – 4 250 cas de cancers contre 3 815 pour le groupe témoin), la survie au bout de 13 ans n’était pas significativement différente. En fait, la survie était même meilleure dans le groupe non dépisté (145 décès) par rapport au groupe dépisté (158 décès) mais cette différence n’a pas été jugée significative sur le plan statistique.

Que faut-il en penser ? Comme le signale le Prof. Andriole, chef du département d’Urologie du Siteman Cancer Center à l’Université de Médecine de Washington : « ces données confirment que pour la plupart des individus, il n’est pas utile de pratiquer un dépistage annuel du cancer de la prostate. La plupart des cancers de la prostate détectés sont des cancers indolents, qui présentent une croissance très lente et dont le risque d’en mourir reste très improbable ».

Et de surenchérir : « il serait beaucoup plus opportun de cibler la population que l’on souhaite orienter vers le dépistage par le dosage du PSA comme les hommes jeunes, en très bonne santé ou les personnes à risque. Il nous faut modifier nos us médicaux et arrêter de dépister les hommes en raison de leur âge et surtout ceux qui présentent une espérance de vie réduite. Il faut adopter une approche plus ciblée ».

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés

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