Des neurobiologistes parviennent à amplifier la mémoire de l’animal au moyen d’un nouveau type de médicament.




Cell - Dec.2011 (DR)

“Des neurobiologistes parviennent à amplifier la mémoire de l’animal au moyen d’un nouveau type de médicament” par le Docteur Erard de Hemricourt. Des neurobiologistes américains sont récemment parvenus à augmenter de manière importante la mémoire de la souris au moyen d’un nouveau type de médicament. Pour arriver à cela, les chercheurs du Baylor College of Medicine se sont d’abord penchés sur un type particulier de souris, particulier car elles présentaient toutes une anomalie génétique provoquant l’inactivation d’une protéine spécifique, la protéine PKR.

La PKR est une protéine un peu complexe qui intervient dans les phénomènes infectieux viraux. Autrement dit, l’activation de la PKR chez la souris passe par une infection virale. Or, si l’activité de cette molécule est bloquée, comme c’est le cas chez les souris porteurs de l’anomalie génétique, on observe paradoxalement une amélioration de l’apprentissage et de la mémorisation.

Les auteurs de l’étude publiée dans la revue Cell (Suppression of PKR Promotes Network Excitability and Enhanced Cognition by Interferon-γ-Mediated Disinhibition. Ping Jun Zhu et al. Cell, Volume 147, Issue 6, 1384-1396, 9 December 2011) montrent ainsi que les souris dépourvues de PKR au niveau du cerveau exhiberaient une ‘super-mémoire’. « En bloquant génétiquement la protéine PKR, il est possible d’accroître l’excitabilité des cellules cérébrales avec un impact positif sur l’apprentissage et la mémorisation » selon le Dr Mauro Costa-Mattioli, l’un des auteurs de l’étude.

Pour comprendre le mécanisme de cet effet sur la mémoire, les scientifiques ont analysé les processus cellulaires et biochimiques localement : ils y ont découvert que l’inactivation de la PKR entraînait une élévation de l’activité au sein de la synapse (jonction communicante entre deux terminaisons nerveuses) et cette sur-activité résultait principalement de la présence d’une autre molécule fondamentale du système immunitaire, l’interféron gamma.

Toujours d’après le Dr Costa-Mattioli : « ces résultats sont surprenants car il s’agit de deux molécules jouant un rôle important dans la réponse immunitaire face à une attaque virale et qui n’avaient au préalable aucune action connue sur le fonctionnement cérébral et la formation des processus mnésiques à long terme ».

Un autre élément phare de l’étude a été la possibilité d’utiliser artificiellement une molécule originale, bloquant précisément la protéine PKR. Les résultats étaient identiques à ceux constatés chez les animaux modifiés génétiquement : les chercheurs observaient une amélioration de la mémoire spatiale.

La prochaine étape sera de transposer tous ces résultats à l’échelle humaine ce qui prendra encore pas mal de temps avec comme espoir d’obtenir un médicament pour les très nombreux patients souffrant de maladie d’Alzheimer et autres troubles de la mémoire.

Laisser un commentaire