Comment les retombées atomiques aident à la compréhension du cerveau



Crédit photo :  E. Cabanis / Inserm

Crédit photo : E. Cabanis / Inserm


« Comment les retombées atomiques aident à la compréhension du cerveau » par le Docteur Erard de Hemricourt.

Le début des années 60 a vu la fin des tests atomiques réalisés dans l’atmosphère. Et, depuis cette période, le taux de diverses substances radioactives artificielles libérées au cours de ces explosions a décru de manière constante. C’est le cas du carbone-14 qui est un élément radioactif dont la demi-vie de 5730 ans permet une utilisation en archéologie pour la datation de certains fossiles.

C’est justement en utilisant cette propriété de décroissance radioactive du carbone-14 qu’une équipe de scientifiques suédois, français, allemands et américains a pu confirmer la création continue de nouveaux neurones dans une région bien particulière du cerveau humain, l’hippocampe, structure impliquée dans les processus d’apprentissage et de mémorisation (Dynamics of Hippocampal Neurogenesis in Adult Humans, Kirsty L. Spalding et al. Cell, Volume 153, Issue 6, 6 June 2013, Pages 1219-1227).

Jusqu’à présent, la neurogénèse – ou création de nouvelles cellules nerveuses – était difficile à investiguer. Bien que les experts connaissent à peu près le nombre total de neurones présents dans le cerveau (environ 85 milliards) ainsi que le nombre de neurones perdus quotidiennement (entre 50 000 et 100 000), il leur était difficile d’obtenir une estimation de l’importance de la neurogénèse – création de nouveaux neurones

Grâce à une nouvelle approche comparative entre le taux de carbone-14 présent dans l’atmosphère et celui piégé au sein de l’ADN neuronal, les scientifiques internationaux ont pu montrer qu’il y avait environ 700 nouveaux neurones créés chaque jour au sein de l’hippocampe.

« On a pensé pendant longtemps que chaque individu naissait avec un nombre fixe de neurones et qu’il n’était pas possible de créer de nouvelles cellules après la naissance. Cette étude est la première à prouver que ce postulat est faux et qu’il existe une neurogénèse substantielle au sein de l’hippocampe humain qui perdure au cours de la vie suggérant que de nouveaux neurones peuvent contribuer à [améliorer] la fonction cérébrale » rapporte l’un des auteurs de l’étude Jonas Frisen du Karolinska Institute.

En mesurant le taux de carbone-14 incorporé à l’intérieur des neurones de patients décédés, les chercheurs ont découvert que près d’un tiers des cellules de l’hippocampe était sujet à un renouvellement constant tout au long de la vie.

Evidemment, la création de 700 neurones au sein de l’hippocampe ne fait pas le poids face aux 50 000 à 100 000 neurones perdus chaque jour, mais certains experts espèrent pouvoir amplifier un jour cette neurogénèse en ralentissant également la destruction des neurones (Producing New Neurons Under All Circumstances: A Challenge That Is Just a Mouse Away. Jose R. Pineda et al. Vascular-derived TGF-β increases in the stem cell niche and perturbs neurogenesis during aging and following irradiation in the adult mouse brain. EMBO Molecular Medicine, 2013; 5 (4): 548).

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2013 – Tous droits réservés
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