La nature de plus en plus complexe du cancer



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« La nature de plus en plus complexe du cancer » par le Docteur Erard de Hemricourt.

Au début des années 70, après avoir perdu leur guerre contre le Vietnam, les Américains annonçaient le lancement d’une nouvelle guerre. Une guerre morale, médicale et scientifique censée mettre un holà définitif face au cancer. À coup de milliards de dollars, ils pensaient éradiquer ce péril mortel.

Or quarante ans après, le cancer est toujours là et tue toujours autant. Certes, proportionnellement, le cancer tue moins qu’en 1970 voire 1990 mais l’idée qu’il aurait été possible de se débarrasser aussi facilement du cancer puisse actuellement être considérée comme assez simpliste. Surtout si l’on considère la complexité moléculaire du cancer, complexité totalement inconnue il y a à peine 20 ans.

Auparavant, les spécialistes du cancer pensaient en terme d’organe. Le cancérologue traitait un cancer du poumon, une tumeur du sein ou une néoplasie gastrique. Et encore actuellement, cette tendance à généraliser le cancer par organe ou par tissu n’a pas entièrement disparu et reste de circonstance pour un grand nombre de lésions.

Or, s’il y a bien une chose qui a fondamentalement changé au cours des dernières années, c’est notre compréhension du cancer. En effet, nous savons aujourd’hui qu’il n’existe pas un type de cancer ni même plusieurs sous-types de cancer par organe ou tissu. Non, il existe des millions de cancers différents.

Grâce aux progrès de la science et de la recherche médicale, l’approche anatomopathologique qui prévalait auparavant a été progressivement remplacée par une approche génétique, plus précise. On comprend désormais qu’il faut un ensemble de mutations génétiques pour conduire au développement d’une tumeur. Et ce n’est qu’après de longues années et l’accumulation de très nombreuses anomalies génétiques que les premières cellules cancéreuses vont pouvoir apparaître.

Malgré tout, cette vision moléculaire reste encore à ce stade assez réductrice puisque de très récentes études ont montré qu’il existait au sein même d’une tumeur une diversité génétique foisonnante. En fonction de l’endroit où l’on se situe dans un tissu tumoral donné, on peut observer des mutations génétiques tout à fait différentes.

Un article publié récemment vient confirmer l’importance des anomalies génétiques dans le développement tumoral et la similitude de lésions tumorales provenant d’organes différents. Cette étude apporte un nouvel éclairage sur l’importance de l’identification moléculaire des lésions tumorales d’origine différente.

L’étude parue dans la revue Nature (Integrated genomic characterization of endometrial carcinoma. Nature 497, 67–73) s’est focalisée sur les tumeurs de l’utérus et plus particulièrement les cancers de l’endomètre. Selon cette étude, de nombreuses cellules cancéreuses de l’endomètre comportent des anomalies génétiques identiques à celles trouvées au sein d’autres tissus tumoraux. Ainsi, comme le disent les auteurs dans la conclusion de l’article, certaines cellules tumorales de l’endomètre partagent des caractéristiques génomiques identiques aux tumeurs ovariennes aux à certains types de cancers du sein.

La vision classique des tumeurs ne convient plus à la complexité moléculaire sous-jacente. Comme le montrent toutes les études récentes et en particulier l’étude publiée dans Nature. À l’avenir, pour traiter de manière efficace une tumeur, une chimiothérapie ‘à l’aveugle’ne suffira plus. Il faudra faire plus attention aux cibles moléculaires qu’au type de tissu ou à l’organe d’où provient le cancer.

C’est déjà le cas avec certains cancers de l’estomac qui expriment pour une minorité d’entre eux des cibles moléculaires plus ou moins comparables à celles trouvées dans un quart des cancers du sein. Cette similitude moléculaire permet ainsi de traiter des cancers de l’estomac par l’Herceptine qui est un agent typiquement donné aux femmes pour traiter leur cancer du sein.

L’avenir appartient aux cocktails d’agents thérapeutiques spécifiques. L’ère de la chimiothérapie classique touche peu à peu à sa fin. Mais il faudra encore beaucoup d’efforts (et de temps) pour espérer éradiquer complètement le cancer. La prochaine étape sera très certainement le séquençage complet des tumeurs qui accélérera la compréhension ultime des mécanismes à la base du dérèglement cellulaire.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2013 – Tous droits réservés
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