Pour traiter le cancer, occupons-nous de ce qu’il y a autour



« Pour traiter le cancer, occupons-nous de ce qu’il y a autour » par le Docteur Erard de Hemricourt. Ce n’est pas une vaine parole que de dire que le cancer est d’origine génétique. Chaque seconde, au sein des milliers de milliards de cellules qui constituent notre organisme, des centaines et des centaines de mutations différentes surviennent au sein de notre ADN, la plupart heureusement sans grande conséquence, d’autres un peu plus méchantes, pouvant conduire à l’émergence de cellules potentiellement cancéreuses. Mais encore une fois, pour notre grand bonheur, la vaste majorité de ces nouvelles cellules cancéreuses sont stoppées net dans leur course effrénée et ne produisent et ne produiront jamais la moindre tumeur mortelle.

Crédits photo : ©Fotolia

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L’une des raisons expliquant l’absence de tumeurs repose sur un concept que les spécialistes appellent ‘le micro-environnement cellulaire’. À l’inverse des théories centrées sur l’intérieur de la cellule et ses perturbations nucléaires, la théorie du micro-environnement ou du milieu cellulaire fait référence à tout ce qui se trouve autour de la cellule (cancéreuse) et qui va à un moment ou un autre influencer son devenir, son parcours au sein de notre organisme. En évoquant le milieu environnant, on s’écarte des théories reposant sur l’étude de l’ADN et de ses mutations et on se rapproche des mécanismes tissulaire qui vont faciliter ou au contraire freiner le développement d’une cellule portant déjà en elle-même les prémices du cancer.

Depuis plusieurs années, les chercheurs se sont en effet rendu compte que les mutations génétiques et autres désordres cellulaires n’expliquaient pas toujours certaines caractéristiques liées au comportement des cellules cancéreuses. Ainsi, une étude publiée il y a quelques mois sur l’efficacité du tamoxifène dans le cancer du sein montrait justement que certaines résistances au traitement étaient dues non pas à la tumeur elle-même mais directement du fait du micro-environnement cellulaire (The tumor microenvironment modulates tamoxifen resistance in breast cancer: a role for soluble stromal factors and fibronectin through β1 integrin. Pontiggia et al. Breast Cancer Res Treat. 2012 Jun;133(2):459-71).

De plus en plus, on évoque les caractéristiques du milieu péri-cellulaire pour expliquer comment certaines cellules peuvent, plus facilement que d’autres, envahir les tissus sains environnants, pénétrer le réseau vasculaire et disséminer à distance. Une autre étude publiée tout récemment par des chercheurs danois de l’Université de Copenhague vient de révéler que la survenue de métastases est en partie liée à la présence d’une enzyme particulière, la lysyl oxidase (LOX) qui, en créant une sorte de fibrose cicatricielle tissulaire autour de la cellule cancéreuse, en facilite sa migration et l’apparition de métastases (LOX-mediated collagen crosslinking is responsible for fibrosis-enhanced metastasis. Thomas R. Cox et al. January 23, 2013; doi: 10.1158/0008-5472.CAN-12-2233).

Ces mêmes chercheurs ont réussi à montrer qu’en bloquant la LOX, on prévient la fabrication de tissu cicatriciel et empêche l’apparition des premières métastases cellulaires. C’est la première fois que des chercheurs parviennent à montrer que la manipulation d’une enzyme intervenant dans la construction de certaines fibres de collagène permet de freiner l’extension du cancer.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2013 – Tous droits réservés
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