Attention aux anti-inflammatoires si vous êtes cardiaque



« Attention aux anti-inflammatoires si vous êtes cardiaque » par le Docteur Erard de Hemricourt. S’il est un fait indéniable que nous vivons de plus en plus longtemps et souvent en relative bonne santé (augmentation de l’espérance de vie de 3 mois chaque année écoulée), il n’est pas rare de rencontrer des personnes âgées présentant des poly-pathologies avec entre autres des atteintes cardiovasculaires et articulaires.

Cependant, même si la mortalité liée à une pathologie cardiovasculaire a diminué de manière constante au cours des dernières décennies, l’émergence d’infarctus, d’accidents vasculaires cérébraux et d’artérites des membres inférieurs ne cesse d’augmenter en raison de notre mode de vie moderne mal adapté à notre organisme (ou est-ce l’inverse ?).

Il n’est donc pas rare de rencontrer des patients âgés ou non, ayant des antécédents cardiaques et souffrant de douleurs articulaires liées par exemple à de l’arthrose. Le premier geste thérapeutique classique qui vient à l’esprit est la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme le diclofenac ou l’ibuprofène.

Or, si l’on savait que certains AINS étaient contre-indiqués chez les patients souffrant du cœur, une étude publiée récemment indique que les effets secondaires sur le système cardiovasculaire liés à la prise de certains AINS peuvent survenir très rapidement et ce dès les premiers jours.

Selon une étude danoise récente publiée dans la revue Circulation (Anne-Marie Schjerning et al. Duration of treatment with nonsteroidal anti-inflammatory drugs and impact on risk of death and recurrent myocardial infarction in patients with prior myocardial infarction. Circulation. DOI : 10.1161/CirculationAHA.110.004671), on apprend que certains AINS présentent un profil de risque beaucoup plus délétère par rapport à d’autres substances de la même famille.

On se souvient évidemment du scandale du VIOXX lié aux mensonges du groupe pharmaceutique Merck avec à la clé de nombreux procès face à la justice américaine. Déjà à l’époque, plusieurs études signalaient une augmentation importante voire très importante du risque cardiovasculaire lié à la prise chronique de cet AINS sélectif.

L’étude danoise du Dr Schjerning a quant à elle analysé de manière rétrospective une population de plus de 83 000 patients qui avaient été admis dans les hôpitaux danois entre 1997 et 2006 pour prise en charge d’un infarctus myocardique. Les médecins ont particulièrement fait attention à la prise ultérieure éventuelle d’un AINS et cela durant toute la période du suivi.

Il ressort de l’étude qu’environ 42 % (35 405 patients) des malades ont au cours de leur suivi utilisé un médicament anti-inflammatoire. Les médicaments le plus souvent prescrits étaient l’ibuprofène (23,2 %) suivi par le diclofenac (13,4 %), le rofecoxib (ce fameux VIOXX retiré du marché en 2004 : 4,7 %) et le celecoxib (4,8 %). Au cours de la période de suivi, les médecins ont également comptabilisé un total de 35 257 infarctus supplémentaires (42,1 %) et 29 234 décès (35 %).

Tout d’abord, l’analyse particulière de chacune des molécules anti-inflammatoires utilisées par les patients confirme le rôle délétère de chacune des substances avec augmentation notable du risque d’infarctus ultérieur ou de décès. Ensuite cette augmentation n’est pas la même pour chacune des molécules investiguées. Si l’on prend par exemple les inhibiteurs Cox-2 spécifiques tels que le rofecoxib ou le celecoxib, le risque n’apparaît qu’au bout d’une durée de consommation dépassant une semaine pour l’un (rofecoxib) et deux voire 4 semaines pour le suivant.

La surprise est plutôt venue du côté d’anti-inflammatoires plus ‘traditionnels’ comme le diclofenac. Pour cette molécule, le surrisque cardiovasculaire apparaît dès la première consommation du médicament et ce risque persiste tout au long du traitement. De même pour l’ibuprofène, le risque est accru quoique plus tardivement (pour une consommation de plus de 7 jours). Information intéressante : le risque n’était pas significativement augmenté pour le naproxène.

Que doit-on retirer comme information de cette étude ? Les résultats, comme on l’a dit plus haut, confirment la toxicité cardiovasculaire des médicaments anti-inflammatoires chez les patients ayant des antécédents cardiovasculaires. Il vaut donc mieux les éviter dans ce cas de figure et, en cas de nécessité, il est préférable de choisir des substances au profil de risque plus faible telles que le naproxène ou l’ibuprofène et cela toujours pour une durée de traitement qui devra être la plus courte possible.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés
Photo : Couverture livre « On peut se dire au revoir plusieurs fois » Crédit : © Editions Robert Laffont