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Les effets de la nicotine et de la cocaïne similaires dans le cerveau



« Les effets de la nicotine et de la cocaïne similaires dans le cerveau » par le Docteur Erard de Hemricourt. Les effets de la nicotine au sein des régions cérébrales impliquées dans le phénomène de dépendance seraient similaires à ceux observés suite à l’exposition à la cocaïne selon une nouvelle étude dans le domaine des neurosciences.

Une seule exposition limitée à 15 minutes à la nicotine induirait une augmentation de l’excitabilité à long terme des neurones liés au phénomène de la récompense. Ce système de récompense se rencontre chez l’homme comme chez certains animaux et l’on estime qu’il est crucial pour la survie de l’individu qui, grâce à ce mécanisme, acquiert la motivation nécessaire à se nourrir, à avoir des relations sexuelles, etc.

L’étude publiée dans la revue Journal of Neuroscience (Nicotine potentiation of excitatory inputs to ventral tegmental dopamine neurons. Danyan Mao et al. The Journal of Neuroscience, 4 May 2011, 31(18): 6710-6720; doi: 10.1523) met le doigt sur la similitude entre la stimulation de certains neurones suite à l’exposition à la cocaïne et à la nicotine.

Selon le Dr Mao de l’Université de Chicago, le but de l’étude était de comprendre ce qui motive l’individu à fumer une seconde cigarette dès que la première a été consommée ou autrement dit, que se passe-t-il dans le cerveau du fumeur après avoir fumé sa première cigarette?

On savait déjà que la nicotine possédait une action stimulante vis-à-vis de certains neurones se trouvant dans une zone spécifique du cerveau appelée aire tegmentale ventrale. Or les neurones qui proviennent de cette région du cerveau ont la capacité de produire un certain type de neurotransmetteur, la dopamine, qui joue un rôle très important dans les effets d’accoutumance aux drogues et intervient également dans le phénomène de récompense liée à la prise de nourriture et à l’activité sexuelle.

Afin d’analyser l’action locale de la nicotine sur les cellules nerveuses, le Dr Mao a enregistré l’activité électrique des neurones dopaminergiques de l’aire tegmentale ventrale après les avoir soumis à la nicotine pendant 15 minutes. Il a ensuite examiné le type de récepteur impliqué dans la plasticité synaptique (renforcement et affaiblissement des connexions interneuronales).

La surprise a été de constater qu’il fallait la présence d’un certain type de récepteur à la dopamine pour assurer les effets de la nicotine, le récepteur dopaminergique D5. Or, il s’agit du même type de récepteur rencontré après stimulation par la cocaïne.

D’après le Dr Mao, les résultats de cette étude montrent clairement que la nicotine et la cocaïne utilisent les même procédés pour induire une plasticité synaptique au sein des neurones dopaminergiques dans l’aire tegmentale ventrale.

C’est ce mécanisme qui pourrait sans doute expliquer la forte dépendance rencontrée chez les consommateurs de cocaïne comme chez les fumeurs invétérés.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés
Crédit photo : Journal of Neuroscience – couverture Mai 2011