Faut-il traiter tous les cancers de la prostate ?



« Faut-il traiter tous les cancers de la prostate ? » par le Docteur Erard de Hemricourt. S’il existe un problème récurrent en cancérologie, c’est celui de savoir s’il est opportun de traiter absolument tous les cas de cancers de la prostate détectés lors des campagnes de dépistage massive chez les individus de plus de 50 ans.

De nombreuses voix s’élèvent d’ici, de là pour montrer le caractère absurde du dépistage de masse de ce type de cancer (et pas que de celui-là). Certains spécialistes vont même jusqu’à critiquer la prise en charge thérapeutique (radiothérapie et chirurgie) de certaines lésions cancéreuses : pour ces médecins, certaines lésions tumorales de petite taille n’ont pas vocation à s’étendre ou se disséminer et n’influenceront donc pas la survie des patients souvent âgés (à ce sujet, il est intéressant de consulter le dernier ouvrage anglais du Dr Gilbert Welch : Overdiagnosed, …).

Cependant, une fois le cancer détecté, il est souvent très difficile voire impossible pour le médecin et son patient de faire machine arrière. Le fait de savoir qu’il existe quelque cellule cancéreuse au sein de la prostate suffit pour clore la discussion.

La difficulté de ce problème est en partie due au fait qu’il n’existe pas, à l’heure actuelle, de test assez fiable pour prédire l’agressivité et l’évolution à long terme des tumeurs prostatiques. Certains chercheurs utilisent des modèles liés à l’évolution du taux de PSA au cours du temps, d’autres pratiquent le dosage d’un antigène différent, le PCA3.

Mais globalement, tout cela reste actuellement insuffisant pour aider le médecin à faire la part des choses entre ce qui doit et ce qui ne doit pas être traité.

Or, cela pourrait prochainement bien changer grâce à la découverte d’un nouveau test génétique mis au point par une équipe de scientifiques britanniques. Les chercheurs du centre Queen Mary de l’Université de Londres viennent de concevoir un nouveau test basé sur l’étude de certains gènes dits de progression du cycle cellulaire (Cell Cycle Progression – CCP – genes).

D’après les résultats de l’étude publiée dans la revue Lancet Oncology (Cuzick et al. Prognostic value of an RNA expression signature derived from cell cycle proliferation genes in patients with prostate cancer: a retrospective study. Lancet Oncology. doi:10.1016/S1470-2045(10)70295-3), les patients avec les taux les plus élevés de CCP avaient trois fois plus de risque de présenter une forme fatale de cancer prostatique par rapport aux patients ayant les taux les plus bas. En outre, les patients ayant déjà été opérés de la prostate et ayant un niveau de CCP élevé avaient un sur-risque de 70 % de présenter une récidive de la maladie.

Des études préalables avaient déjà montré l’importance du dosage des CCP dans certains types de cancer (sein, poumon, …). Les chercheurs pensent que, si ces résultats se confirment avec des d’études cliniques plus importantes, la mesure de l’expression des gènes CCP pourrait accompagner le dosage classique du PSA sanguin. Le score CCP pourrait devenir un marqueur pronostique robuste de l’évolution à long terme des tumeurs prostatiques et pourrait aider les médecins à choisir la meilleure attitude (traitement ou abstention) face à leurs patients.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés

Crédit photo : © Institut National du Cancer Américain – image domaine public

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