Des cellules de la peau transformées en cellules sanguines



Avancée majeure en médecine : des chercheurs sont en effet parvenus à transformer des cellules de la peau en cellules sanguines.

Une équipe canadienne dirigée par le scientifique Mickie Bhatia est parvenue à transformer des cellules cutanées prélevées chez un adulte en cellules sanguines. Cette transformation d’un type cellulaire en un autre est une avancée majeure car pour la première fois, des chercheurs sont arrivés à ce résultat sans passer par la case des cellules souches embryonnaires.

Et ne plus passer par le stade des cellules souches embryonnaires permet d’éviter tous les problèmes liés qu’ils soient d’ordre éthique, immunologique (rejet éventuel), tumoral (risque de voir se développer certaines tumeurs comme des tératomes), sans parler du gain de temps autorisé par cette nouvelle méthode.

Les chercheurs estiment que, dans un avenir tout proche (les premières études cliniques pourraient débuter dès 2012), il sera possible de produire très rapidement à partir de cellules cutanées des globules rouges et d’autres cellules sanguines qui pourront dans un premier temps être utilisées chez les patients leucémiques (transfusions et greffes de moelle compatibles).

Dans un article publié dans la revue Nature du mois de novembre (Eva Szabo et al. Direct conversion of human fibroblasts to multilineage blood progenitors. Nature. Novembre 2010.doi:10.1038/nature09591), l’équipe du Dr Bhatia explique les étapes qui ont conduit à  ce petit miracle. Après avoir prélevé des fibroblastes (cellules spécifiques de la peau) chez plusieurs adultes, les scientifiques ont ensuite volontairement infecté ces cellules au moyen d’un virus porteur d’une protéine spécifique appelée OCT4.

Les cellules infectées ont ensuite été placées dans un liquide contenant plusieurs facteurs de croissance cellulaire. L’OCT4 a comme caractéristique de pouvoir transformer les fibroblastes en cellules pluripotentes ce qui signifie qu’il est théoriquement possible de produire au moyen d’un type cellulaire particulier quasi toutes les cellules rencontrées dans l’organisme humain.

Il s’agit ici ni plus ni moins de reprogrammer une cellule adulte d’un type donné vers une autre destination fonctionnelle. Cette transformation est théoriquement possible puisque la quasi-totalité de nos cellules possède le même contenu en ADN (environ 30 000 gènes). La seule différence, et elle est de taille, concerne la proportion de nos gènes qui reste à l’état quiescent, non exprimé. En effet, en fonction du type cellulaire donné, seule une petite partie de nos 30.000 gènes sera activée et produira des protéines spécifiques de la cellule en question ; l’autre partie restera muette, à jamais cachée dans les méandres du noyau cellulaire.

Ainsi, dans l’expérience canadienne, les chercheurs ont observé après une période de seulement 30 jours la production de globules rouges mais aussi de globules blancs et de plaquettes. Et selon M. Bathia, cette découverte permettra à court terme de fournir de nouveaux traitements pour certaines formes de cancers et d’anémie et pourquoi pas de produire d’autres types cellulaires comme des neurones ou des cellules du myocarde.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2010
Crédit photo : © INSERM / Pr Dubertret « Les 3 couches de la peau »