Médecine personnalisée : que nous prépare le futur ?



Il y a quelques semaines a eu lieu aux Etats-Unis une réunion scientifique importante dénommée TEDMED. Il s’agit d’une conférence annuelle faisant le point sur les avancées technologiques dans le domaine de la santé et de la médecine. Cette rencontre, étalée sur plusieurs jours, associait le gratin du monde scientifique. Y étaient conviées des personnalités aussi célèbres que Aubrey de Grey (expert en gérontologie), Sanjay Gupta (neurochirurgien et journaliste médical sur CNN, un moment pressenti par l’administration Obama pour devenir le ‘Surgeon General’), Craig Venter (personnage célèbre qui a été un des premiers à décrypter le génome humain et qui, actuellement, essaye de produire artificiellement de nouvelles formes de vie, inconnues sur Terre), …

Evidemment, devant un tel parterre de célébrités, le ticket d’entrée n’était pas donné : l’inscription s’élevait au bas mot à 4000 US $ !

Lors de cette réunion s’est déroulée une interview assez intéressante (http://gizmodo.com/5399832/thats-a-bad-cough-lets-examine-your-genome) dont vous trouverez la traduction ci-dessous, en français. J’ai également, après cette traduction, rajouté quelques annotations plus personnelles.

Bonne lecture !

Ari Kiirikki, vice-président de la compagnie ‘Knome’, analyse le futur de la génomique :

Où en est-on actuellement avec la génomique ?

Il aura fallu près de 13 ans d’efforts et 3 milliards de dollars pour terminer le décryptage du premier génome humain. Aujourd’hui, nous pouvons séquencer et interpréter la totalité d’un génome humain en l’espace de quelques semaines pour moins de 70.000 dollars (notre prix actuel est de 68.000 $). De nouveaux programmes et des techniques d’analyse ont mis des décennies de recherche scientifique à notre disposition, nous permettant d’analyser l’ADN d’un individu dans le but d’identifier son risque vis-à-vis de milliers de maladies et de mettre en évidence certains traits génétiques hérités et autres conditions de prédisposition.

Où en serons-nous dans 5 ans ?

Dans 5 ans, on estime que le coût du séquençage complet d’un génome humain s’effondrera à moins de 1000 $, ce qui aura pour conséquence d’accroître de manière très importante la demande des tests génétiques. L’augmentation consécutive des données brutes permettra aux scientifiques de faire de nouvelles découvertes importantes en reliant notre ADN avec certaines maladies et notre santé en général ce qui aura pour conséquence d’amplifier l’utilité clinique des analyses d’ADN. Cela nous permettra finalement de fournir une médecine personnalisée en donnant la possibilité aux scientifiques de commencer le développement de médicaments et autres « cocktails » thérapeutiques individualisés sur base du profil génétique personnel.

Et dans 10 ans ?

Dans une dizaine d’années, le séquençage du génome humain devrait coûter moins de 100 $. Endéans la prochaine décennie, il est fort probable que les scientifiques auront déchiffré de manière précise comment notre ADN interagit avec notre environnement et l’impact qui en résulte sur le développement des maladies. Attendez-vous à ce que le séquençage de l’ADN devienne partie intégrante de notre check-up de santé annuel en même temps que l’introduction de nouveaux traitements qui seront prescrits pour retarder ou empêcher complètement la survenue de maladies spécifiques vis-à-vis desquelles nous serions prédisposés.

Et maintenant, si nous regardons plus loin, que se passera-t-il dans 20 ans ? 

Chaque médicament que l’on prendra sera adapté spécifiquement à notre génome. Chaque nouveau-né aura sa séquence génétique complète dès sa naissance, permettant aux générations futures d’utiliser leur information génétique pour les guider dans la prise en charge de leur santé durant toute leur vie. Peut-être encore plus étonnant, notre ADN sera totalement imbriqué dans notre vie de tous les jours. La génétique transcendera la clinique pour arriver dans une large gamme de produits de consommation comme les snacks, les vitamines, les bains de bouche, les crèmes de peau, les services de rencontre, etc … ; le tout, optimisé par rapport à notre profil génétique.

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Depuis quelques années, avec l’explosion des outils informatiques, des techniques robotisées et des connaissances dans le domaine de la génétique, des compagnies de biotechnologies sont apparues, essentiellement sur le territoire nord-américain, qui proposent une lecture plus ou moins complète de notre génome humain.

Ainsi, pour quelques centaines de dollars voire quelques milliers (mais le prix est en chute libre), il est soit possible d’acquérir le séquençage complet de son génome (société KNOME) soit possible d’obtenir son profil génétique par l’étude du polymorphisme (sociétés DECODE, 23andme). Nous pouvons donc apprendre quelles sont nos prédispositions génétiques vis-à-vis de certaines maladies (diabète, obésité, hypertension, cancer) ou de manière plus amusante pourquoi nous n’aimons pas les choux de bruxelles, quel est notre risque de devenir chauve ou quel est notre lien avec d’anciennes peuplades indiennes d’Amérique (pour les américains, of course !). Bref, vous l’aurez compris en lisant l’article ci-dessus, la médecine à venir n’aura plus grand chose en commun avec notre médecine actuelle puisque celle-ci va progressivement se métamorphoser pour devenir de plus en plus précise et prédictive. Dans le futur, on préviendra les maladies et on traitera mieux.

A l’heure actuelle, outre la possibilité (ludique et assez chère) de connaître un bout de son patrimoine génétique, il existe déjà sur le marché plusieurs tests qui sont utilisés par les cliniciens dans certains domaines de la santé.

C’est le cas par exemple du MammaprintÒ (Agendia) et de l’Oncotype DXÒ (Genomic Health) qui permettent d’analyser le profil génétique (le génotype) d’une tumeur mammaire. En fonction des gènes exprimés par la tumeur, ces tests vont indiquer au clinicien s’il s’agit d’une tumeur très agressive ou faiblement agressive et de là, le risque de récidive sous forme de métastases endéans les 5 à 10 ans. Et cela, dès le diagnostic du cancer du sein et avant tout traitement ! Cette connaissance de la virulence tumorale permettra ensuite au cancérologue de mieux cibler la thérapeutique anti-cancéreuse (traitement lourd et plus agressif ou protocole thérapeutique plus souple) afin d’en augmenter le bénéfice ou au contraire d’éviter toute chimiothérapie excessive et inadaptée pour la patiente.

D’autres tests sont en phase de développement expérimental ou déjà en étude clinique pour toute une série d’autres cancers (pulmonaire, prostate, œsophage) et ils devraient livrer les premiers résultats d’ici peu.

Le domaine des médicaments n’est quant à lui pas en reste. Depuis une dizaine d’années, de nouvelles molécules, résultant des progrès de la biologie moléculaire, sont disponibles sur le marché soit en usage courant soit en traitement expérimental.

Il s’agit pour les plus connues du GlivecÒ, de l’HerceptinÒ, de l’IressaÒ ou de l’AvastinÒ. Chaque molécule possède une spécificité bien établie et ne peut pas être utilisée pour d’autre types de tumeurs. De plus, comme l’usage de ces médicaments reste très ciblé, l’importance des effets secondaires demeure en général très modérée par rapport aux traitements de chimiothérapie classique.

On le voit, les nouveaux médicaments de demain n’auront plus grand chose à voir avec les traitements d’aujourd’hui. Ils seront fabriqués par des procédés de biotechnologie voire de nanotechnologie. Ils seront plus précis, plus sélectifs et présenteront le moins d’effets secondaires possibles. Ils seront réellement adaptés à la pathologie ciblée.

Bref, un vrai traitement à la carte !

Docteur E. de Hemricourt

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