Réduire son alimentation permettrait d’améliorer l’efficacité de la chimiothérapie




« Réduire son alimentation permettrait d’améliorer l’efficacité de la chimiothérapie tout en diminuant ses effets secondaires » par le Docteur Erard de Hemricourt. Les cancérologues savent depuis le milieu des années 1920 que les cellules cancéreuses ont besoin d’énergie essentiellement sous forme de glucose pour proliférer et se diviser activement en utilisant une voie métabolique assez particulière appelée voie anaérobique (théorie du Dr Warburg : prix Nobel de Physiologie et de Médecine reçu en 1931 pour ses contributions sur le métabolisme des cellules cancéreuses et la respiration cellulaire). Cette voie n’est normalement pas rencontrée dans le fonctionnement des cellules non cancéreuses. On sait également depuis un certain nombre d’années que le régime moderne, riche en glucose et surtout en sucres raffinés produits de manière industrielle est un élément essentiel dans la survenue de certains cancers soit directement, soit indirectement en entraînant une obésité qui se révèle à l’heure actuelle l’un des principaux facteurs de risque menant au cancer.

Les études sur les vers et souris ont depuis plus d’une dizaine d’années montré que la restriction calorique partielle ou totale (absence de nourriture) permet d’activer une série de voies métaboliques qui vont, in fine, entraîner une augmentation substantielle de la survie de l’animal en empêchant la survenue de maladies et en retardant le processus inéluctable du vieillissement tissulaire. Récemment, des chercheurs américains et italiens ont publié plusieurs études sur l’impact de la restriction calorique complète chez les souris cancéreuses avant administration de médicaments chimiothérapiques (équipe du Professeur Longo du département de gérontologie de l’Université de Californie du sud). D’après les résultats publiés, un jeûne complet instauré 24 à 48 heures avant l’administration d’une chimiothérapie à haute dose permet aux animaux de mieux résister au traitement en réduisant l’importance des effets secondaires tout en ne modifiant pas l’efficacité des médicaments vis-à-vis des cellules cancéreuses.

Selon le Professeur Longo (Reactive Oxygen Species Special Feature: Starvation-dependent differential stress resistance protects normal but not cancer cells against high-dose chemotherapy : Proceedings of the National Academy of Sciences USA, mars 2008), l’absence de nourriture force les cellules normales à se mettre dans un état de défense par rapport à leur environnement. En d’autres termes, les cellules vont modifier leur comportement pour rentrer dans un mode de survie dans lequel elles manifestent une résistance accrue aux toxines du milieu extérieur. Et c’est justement ce qui se passe chez les animaux de laboratoires. La toxicité des molécules anticancéreuses n’arrive pas à pénétrer les cellules normales qui sont dans un état « d’auto-défense » en raison de leur diète forcée ce qui permet au matériel génétique présent dans le noyau cellulaire de rester bien à l’abri de toute attaque toxique. Par contre, les cellules cancéreuses, du fait de l’activation d’une série d’oncogènes, ne vont pas pouvoir se protéger et restent fragilisées face aux toxines et autres molécules anticancéreuses.

Les chercheurs pensent que la restriction calorique agit essentiellement via la réduction du taux sanguin d’une molécule bien particulière appelée Insulin Growth Factor-1 ou IGF-1. Cette molécule qui est une hormone peptidique ressemblant à l’insuline (d’où son nom) intervient dans la croissance cellulaire en promouvant la prolifération des cellules et en freinant l’apoptose (suicide cellulaire programmé). Les études animalières ont montré qu’une diète de 30% peut déjà avoir un impact sur le taux circulant d’IGF-1.

Tout récemment, le Professeur Longo a publié une étude d’observation de dix patients cancéreux ayant volontairement suivi une restriction calorique complète 24 à 48h avant l’administration de leur traitement chimiothérapique. Les résultats de cette étude qui ont été publiés dans la revue Aging de décembre 2009, montrent que la plupart des patients cancéreux ont présenté une meilleure tolérance vis-à-vis de leur traitement anticancéreux respectif avec un taux beaucoup moins élevé d’effets secondaires classiquement rencontrés comme la nausée, la mucosite buccale ou la perte de cheveux. Évidemment, avec toutes les précautions d’usage, cette petite étude ne permet pas d’affirmer, pour l’instant et de manière absolue, que la restriction calorique est un élément important dans la prise en charge des malades cancéreux. Mais l’extrapolation des données obtenues chez l’animal ainsi que les premières études cliniques qui vont bientôt être débutées chez l’homme pourraient apporter d’ici peu des éléments intéressants permettant de clarifier l’importance de la diète alimentaire (partielle ou totale) chez les patients cancéreux en permettant de réduire l’importance des effets secondaires et/ou d’augmenter la dose des médicaments chimiothérapiques délivrés au malade.

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