Obésité de l’enfant : le coupable n’est peut-être pas là où on le pense


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“Obésité de l’enfant : le coupable n’est peut-être pas là où on le pense” par le Docteur Erard de Hemricourt. Dans notre société, on assiste à l’heure actuelle à une augmentation inquiétante du nombre d’individus en surpoids ou carrément obèses, souffrant de diabète de type II, d’hypertension artérielle ou de dyslipidémie. Ce surpoids est directement lié à notre mode de vie moderne et surtout à l’alimentation industrielle apparue au XXe siècle face à laquelle notre organisme n’a pas eu le temps de s’adapter. Afin de faire face aux maladies liées à l’excès de poids, il est vivement recommandé aux enfants comme aux adultes de pratiquer une activité sportive régulière et de contrôler ou de modifier leurs habitudes alimentaires.

Outre les problèmes classiques de sédentarité et autres tracas alimentaires qui conduisent au surpoids chez l’adulte, il existe un autre mécanisme plus insidieux et moins bien connu du grand public pouvant expliquer non seulement la susceptibilité d’un individu à devenir obèse au cours de sa vie adulte mais aussi l’apparition parfois très tôt dans la vie d’une obésité importante. En effet, lorsque l’on rencontre des bébés ou des tout petits enfants en excès de poids modéré ou important, les facteurs de risque retenus chez l’adulte ne sont plus d’application. Ainsi, on parlera difficilement de sédentarité chez un gros bébé ou un enfant d’un an en surpoids. De même, les troubles alimentaires rencontrés chez l’adulte n’ont en général pas encore eu le temps d’apparaître pour cette tranche d’âge. Alors, comment expliquer l’apparition d’une obésité si tôt dans la vie d’un individu ?


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Plusieurs études scientifiques sur animaux ainsi que des suivis épidémiologiques apportent ici un éclaircissement novateur qui fait appel à ce que les Anglo-Saxons appellent le « metabolic imprinting ». Tout ce qui va suivre fait référence à des données relativement nouvelles de la génétique humaine et qui appartiennent au domaine de l’épigénétique.

Qu’est-ce donc que l’épigénétique ? Le génome humain comporte environ trois milliards de bases et 25 000 gènes. À peu près chaque cellule de l’organisme contient la même information génétique au sein de son noyau. Et pourtant, les cellules de l’organisme n’exprimeront pas toutes cette même information. En fonction du type cellulaire, certains gènes seront exprimés ce qui conduira à la synthèse de protéines spécifiques (par exemple l’insuline dans le pancréas) et d’autres gènes resteront silencieux, sous une forme muette. L’épigénétique explique cette différence par le biais de mécanismes régulateurs au niveau de la lecture de l’ADN. En gros, il existe une sorte d’interrupteur moléculaire placé sur l’ADN qui autorisera ou non la lecture de certaines séquences génétiques. Les mécanismes épigénétiques vont donc contrôler l’expression génétique. Plusieurs études indiquent que les mécanismes de contrôle épigénétique peuvent être influencés directement par des facteurs extérieurs, autrement dit par l’environnement. Et c’est justement ce qui se produit chez le fœtus pendant son développement dans le ventre de sa mère.

Une des explications de plus en plus retenues pour tenter d’élucider le pourquoi de l’apparition précoce de l’obésité chez le nourrisson fait référence au comportement, en particulier alimentaire, de la mère pendant la grossesse. Il a clairement été démontré que la nutrition de la femme enceinte à certaines périodes critiques de la grossesse peut influencer le développement du fœtus et réorienter certaines voies métaboliques en constitution. D’ailleurs dans une étude récemment publiée (Metabolic Imprinting in obesity. Sullivan EL ; Forum Nutr. 2010 ; 63 : 186-94), les auteurs concluent que l’empreinte métabolique (traduisez : l’influence néfaste d’une mauvais alimentation sur le métabolisme) précoce serait responsable de la survenue ultérieure de l’obésité chez l’adulte. Ils rappellent par ailleurs que l’état nutritionnel et la santé de la mère pendant la grossesse et l’allaitement peuvent avoir des effets à long terme sur les systèmes centraux et périphériques qui régulent la balance énergétique lors du développement de l’enfant. Ils terminent en soulignant que même la nutrition périnatale reste importante car elle peut avoir des conséquences tardives sur la susceptibilité de développer des troubles métaboliques et peut d’une certaine façon prédéterminer le poids qu’aura l’individu à l’âge adulte. Un article plus ancien (Childhood Obesity and Metabolic Imprinting. Theresa Hillier, Diabetes Care September 2007 vol. 30 no. 9 2287-2292) signalait déjà un lien entre l’état d’hyperglycémie observé chez la femme enceinte et l’augmentation du risque d’obésité chez l’enfant à naître.

Il est donc important de souligner ou de rappeler qu’un certain nombre de situations pathologiques qui n’apparaîtront que bien plus tard chez un individu peuvent être déterminées dès la période fœtale, simplement en raison d’un comportement inadapté de la femme enceinte (consommation d’alcool, tabagisme, alimentation mal équilibrée trop riche en hydrates de carbone,…).

Pour ceux qui seraient intéressés par le dossier de l’obésité chez les enfants et adultes, je suggère la lecture d’un livre très intéressant : «Tous gros demain ? : 40 ans de mensonges, 10 kg de surpoids » de Pierre Weill aux ed. Plon


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