Mieux comprendre certains effets secondaires d’un agent anticancéreux


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Le cisplatine, un agent anticancéreux utilisé couramment pour traiter différentes tumeurs, peut provoquer des effets secondaires à court terme. Une équipe de scientifiques associant principalement le CNRS et l’Université de Nice vient, pour la première fois, de démontrer in vitro que cet anticancéreux modifie la sensibilité des capteurs de pression cellulaires. Ce mécanisme entièrement nouveau permettrait de mieux comprendre certains effets secondaires neurologiques du cisplatine qui restaient jusqu’à présent inexpliqués. Ces résultats laissent espérer des pistes potentielles pour améliorer la chimiothérapie des composés à base de cisplatine. Il s’agit désormais pour les chercheurs de les tester chez l’animal. Ces travaux sont publiés le 1er octobre 2010 dans la revue Cancer Research.

Le cisplatine est une molécule à base de platine très utilisée dans le traitement de plusieurs cancers chez l’Homme. Après administration par voie intraveineuse, il pénètre dans les cellules pour former des complexes stables avec la molécule d’ADN, provoquant ainsi préférentiellement la mort des cellules tumorales, les plus vulnérables. En effet, pour proliférer, les cellules cancéreuses doivent constamment répliquer leur ADN ce qu’elles ne peuvent plus faire lorsque celui-ci est complexé avec le cisplatine. Toutefois, ce traitement possède un inconvénient majeur. Certains patients présentent très rapidement, dans la demi-heure voire l’heure qui suit l’injection, des effets secondaires : troubles de la perception, troubles de l’audition, acouphènes et parfois disfonctionnements de l’oreille interne conduisant à des pertes d’équilibre. La pénibilité de ces effets neurologiques peut amener le patient à interrompre le traitement, même si celui-ci est efficace. Mieux connaître ces effets secondaires à court terme s’avère donc primordial.


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La plupart des laboratoires de recherche s’intéresse essentiellement à l’action du cisplatine sur l’ADN. Or, ces effets génotoxiques ne peuvent intervenir très rapidement : ils n’expliquent donc pas les effets secondaires à court terme du cisplatine et des anticancéreux de la même famille. C’est pourquoi l’équipe de scientifiques dirigée par Laurent Counillon et Mallorie Poët, chercheurs au sein de l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire (CNRS/Université de Nice) (1) a choisi de se focaliser sur un autre aspect du cisplatine : son action déjà connue au niveau de la membrane cellulaire.

Les chercheurs ont mené leurs expériences dans un système cellulaire modèle. Ils ont alors découvert que le cisplatine, indépendamment de son action sur l’ADN, est capable de modifier en quelques minutes l’architecture des membranes cellulaires : l’injection de cette molécule dans la cellule change sa forme, sa morphologie, sa tension, etc. Or, la membrane cellulaire recèle de nombreuses protéines sensibles à la pression et à l’étirement. Ces senseurs servent notamment à régler le seuil de déclenchement de la douleur dans les fibres nerveuses périphériques, à percevoir les ondes sonores et la « verticalité » dans le système vestibulaire de l’oreille (2). Poussant leurs investigations, les scientifiques sont parvenus à démontrer que le cisplatine perturbe le fonctionnement de ces capteurs mécanosensibles, ce qui expliquerait la survenue des effets neurologiques. Ils ont identifié et décrit un nouveau mécanisme par lequel cet agent anticancéreux agit. Ce processus pourrait ainsi expliquer la survenue des effets secondaires à court terme du cisplatine.

Ces résultats permettent d’envisager l’optimisation des traitements anticancéreux à base de platine, en les associant à des composés limitant ces effets secondaires à court terme. Les tester chez l’animal est désormais la prochaine étape pour les chercheurs.

Communiqué de presse CNRS
Photo de microscopie électronique montrant la modification de la morphologie membranaire de la cellule.
Crédit © Pierre Gounon, CCMA Nice


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