Le futur de la cancérologie selon HUGO


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“Le futur de la cancérologie selon HUGO” par le Docteur Erard de Hemricourt. Connaissez-vous HUGO ? Pour la plupart d’entre vous, la réponse est certainement non. Et pourtant, les médias en ont beaucoup parlé ces dernières années. HUGO est l’acronyme pour Human Genome Organisation dont l’une des fonctions est l’analyse du génome humain au sein du consortium « Projet Génome Humain » (Human Genome Project).  Cette organisation internationale a été créée voilà plus de vingt ans dans le but d’accroître la connaissance des informations enfouies dans le code génétique humain, c’est-à-dire l’ensemble des informations génétiques portées par la quasi-totalité de nos cellules. Et même si les effets d’annonce (en la personne du président américain Bill Clinton) ont dès 2000 notifié au monde entier la fin du processus de décryptage du génome humain, ce n’est que bien plus tard, vers la fin de l’année 2003 que l’ADN humain a été réellement décortiqué dans sa globalité.

Depuis lors, les techniques de séquençage se sont affinées, et avec les progrès de l’informatique, les vitesses de calcul ont été décuplées. Actuellement, les processus d’analyse et de décryptage du matériel génétique se font à des vitesses impensables il y a de cela une dizaine d’années.  Sur base de ces succès, les chercheurs internationaux se sont lancé dans une seconde étape : l’analyse du matériel génétique contenu au sein des cellules cancéreuses.


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L’Atlas génomique du cancer (Cancer Genome Atlas) est un projet international, faisant partie de HUGO, qui a pour mission de comprendre la cellule tumorale à l’échelle de son ADN en répertoriant toutes les mutations génétiques qui sont rendent possibles la naissance, la croissance et l’immortalité de la cellule tumorale. Il y a seulement deux ans, des scientifiques ont pour la première fois publié la séquence des premiers génomes de cellules cancéreuses en montrant clairement quelles étaient les mutations génétiques qui autorisaient le développement de celles-ci. Les médecins savent depuis longtemps qu’une cellule normale devient cancéreuse par le biais de mutations génétiques spécifiques. Ce sont justement ces mutations génétiques qui sont la cible du projet ‘Cancer Genome Atlas’.

Certains spécialistes ont déjà commencé à utiliser une partie de ces informations pour comprendre le fonctionnement de quelques tumeurs très rares et appréhender la meilleure approche thérapeutique (Evolution of an adenocarcinoma in response to selection by targeted kinase inhibitors. Steven JM Jones et al. Genome Biology 2010, 11:R82). Début 2010, environ 75 génomes tumoraux avaient été séquencés et publiés et les chercheurs estiment que le mouvement ne pourra que s’accélérer avec environ 100 tumeurs entièrement décryptées pour la fin 2010.

Il y a quelques mois, des chercheurs du Johns Hopkins Kimmel Cancer Center de Baltimore aux États-Unis avaient annoncé leur réussite dans le séquençage complet du génome de certains patients cancéreux. Selon eux, les progrès dans la génétique du cancer permettront dans un avenir relativement proche :

– de cataloguer de manière précise les anomalies de l’expression génétique qui entraînent la croissance tumorale

– de connaître précisément quelles mutations identiques se retrouvent dans des tumeurs de nature et d’origine différente

– d’appréhender de nouvelles cibles potentielles pour de nouveaux médicaments

– de développer de nouveaux outils diagnostiques basés sur une liste complète des mutations pour chaque type de cellule tumorale

– de développer de nouveaux biomarqueurs (protéines retrouvées dans le sang et signalant par exemple la présence de certaines lésions cancéreuses).

Finalement, le projet du Cancer Genome Atlas permettra d’atteindre le Saint Graal : une médecine vraiment personnalisée avec un traitement anticancéreux à la carte selon le profil exact de la cellule tumorale. Bien que tout cela soit très réjouissant, nous n’en sommes qu’aux prémices de cette révolution diagnostique et thérapeutique et ce n’est qu’avec les progrès constants de la médecine, de la technologie et avec le soutien des groupes publics et privés (et de centaines de millions de dollars/euros) que nous arriverons d’ici une dizaine voire une  vingtaine d’années à l’analyse systématique de toutes les tumeurs avec enfin l’espoir de guérison plus ou moins complète de la plupart des lésions cancéreuses.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2010


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