La pratique médicale face au monde moderne


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“La pratique médicale face au monde moderne” par le Docteur Erard de Hemricourt . Au cours d’un article précédent (« L’évolution biologique face à l’évolution technologique »), j’avais discuté de l’impact des progrès technologiques sur l’individu et sur son évolution ainsi que de la nécessaire adaptation de l’homme et de la société en général face à notre environnement de plus en plus ‘intellectuel’. Parmi toutes les professions qui seront amenées d’une façon ou d’une autre à s’adapter aux progrès déjà entamés et pour certains déjà visibles, celle de médecin et en particulier tout le milieu médical ne pourront y échapper et devront apprendre à vivre avec leur temps.

Le médecin du XXIe siècle n’a franchement plus rien à voir avec son ancêtre, le médecin de campagne (ou de ville) que l’on rencontrait au détour d’un chemin au XIXe voire au début du XXe siècle. La société a évolué, la médecine également. Elle s’est complexifiée et est devenue de plus en plus performante et pointilleuse. Plus rigoureuse, elle offre grâce aux connaissances théoriques sans cesse améliorées et aux moyens technologiques dont nous disposons actuellement des capacités thérapeutiques inconnues et non imaginables il y a encore quelques années. À ce stade, on ne peut même plus parler d’évolution ou de modification, il faudrait plutôt parler de mutation. Que serait la médecine de nos jours sans la présence du CT-scanner, des échographes, des IRM, des PET-Scans, des gamma-caméras, des laboratoires hyper-spécialisés et performants, du dépistage génétique,…


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Sans rentrer dans tous ces détails, il me semble intéressant de mentionner un élément important qui, sans que l’on s’en rende compte, risque bien de modifier à moyen terme la pratique médicale ainsi que le regard du patient vis-à-vis de son médecin. J’aimerais en effet attirer l’attention sur les possibilités pour l’instant modestes mais qui deviendront dans le futur très certainement colossales liées à l’utilisation de l’Internet dans le domaine médical. Afin d’appréhender correctement l’importance de l’Internet dans l’approche moderne de la médecine, il est nécessaire d’utiliser un double point de vue, celui du patient tout d’abord, celui du professionnel de santé ensuite.

De nos jours, il n’est pas rare de voir l’un ou l’autre patient venir solliciter l’avis de son médecin traitant (ou spécialiste) pour un problème particulier ou une maladie déjà diagnostiquée avec des questions bien précises après avoir ‘visité’ certains sites médicaux disponibles sur le net. Il est parfois cocasse et même légèrement troublant pour un médecin d’entamer une discussion avec son patient sur un sujet médical précis et de découvrir que ce patient connaît sa maladie aussi bien pour ne pas dire mieux que le médecin lui-même !

Évidemment, le revers de la médaille existe et le médecin peut aussi avoir à faire face à des patients affolés qui viennent le voir seulement pour être rassurés après que ces derniers avouent avoir joué à l’apprenti-médecin sur certains sites médicaux peu recommandables. Comme pour tout, l’Internet est une mine précieuse d’informations en tout genre mais il faut y faire attention car des informations crédibles écrites par des professionnels de la santé se mêlent à des pseudo-données médicales souvent colportées par des individus sans réel bagage scientifique. Il faut toujours vérifier les sources des données médicales disponibles sur le net pour s’assurer de l’exactitude des faits avancés – et cela, que l’on soit patient ou même médecin. Afin d’illustrer de manière concrète l’influence de l’Internet sur la relation patient-médecin, je vous renvoie à la lecture d’un article intéressant, malheureusement en anglais, relatant la discussion d’Andrew Grove, PDG de la société Intel, avec son cancérologue concernant le cancer de la prostate qu’on venait de lui diagnostiquer en 1996 (http://money.cnn.com/magazines/fortune/fortune_archive/1996/05/13/212394/index.htm).

Heureusement, l’Internet ne sert pas uniquement qu’aux patients et les médecins eux-mêmes sont et seront amenés à utiliser de plus en plus souvent cette technologie comme source (principale) d’information rapidement accessible lors de problèmes particuliers ou de questions de dernière minute. D’ailleurs, une étude récente publiée en 2009 fait le point sur l’influence de l’Internet quant à l’établissement de diagnostics particulièrement compliqués (Do PubMed and Google searches help medical students and young doctors reach the correct diagnosis? A pilot study. Europ J Intern Med – 2009 Dec;20(8):788-90). Selon les auteurs de cette étude, l’usage de certains moteurs de recherche, en l’occurrence PUBMED et GOOGLE, pourrait faciliter l’établissement de certains diagnostics cliniques compliqués et surtout éviter le risque d’erreurs de diagnostic. Le mouvement est lancé et l’usage de l’Internet médical sera amené à se répandre de plus en plus chez les jeunes et les moins jeunes médecins.

D’autant plus qu’il existe actuellement plusieurs programmes informatiques disponibles, pour l’instant, essentiellement en langue anglaise sur le réseau Internet, qui ont justement été créés afin d’aider le médecin à établir un diagnostic face à une série de symptômes particuliers. Citons au passage ISABEL ou DXPlain (Harvard) qui sont tous deux des logiciels informatiques assez coûteux qui fournissent non seulement une base de données médicales mais aussi une aide logistique sous forme de support décisionnel. Pour la petite anecdote, le programme ISABEL fut créé à la suite d’une erreur médicale qui faillit coûter la vie à une petite fille de 3 ans (Isabel) dans la région londonienne il y a une dizaine d’années. Il existe également d’autres programmes disponibles sur le net comme GIDEON qui apporte une aide diagnostique uniquement dans le domaine de l’infectiologie (Global Infectious Diseases Epidemiology ONline).

Plusieurs sites gratuits spécialisés dans l’élaboration de diagnostics précis au départ d’une simple liste de symptômes commencent à apparaître sur le net anglophone ainsi que sur certains smartphones en tant qu’applications gratuites. Il suffit de taper les mots ‘symptom checker’ et une flopée de noms apparaissent sur l’écran comme par exemple celui de www.wrongdiagnosis.com qui semble assez bien réalisé. Dans plusieurs hôpitaux américains, les logiciels d’aide aux diagnostics sont de plus en plus utilisés afin de réduire le risque d’erreur de diagnostic médical.

L’Internet ne se résumera pas à cela. De nombreuses possibilités encore au stade de développement viendront (très) bientôt sur le devant de la scène et modifieront notre vision ‘moderne’ de la médecine : citons au passage les modules de télésurveillance avec webcam pour les personnes âgées isolées chez elles (déjà en test dans certains pays de l’Europe du Nord), des systèmes d’enregistrement des paramètres cardiaques et biologiques avec transfert immédiat des données chez le médecin traitant, des programmes de gestions de données médicales en particulier ceux créés par la firme Microsoft (Health Vault) ou la compagnie Google (Google Health) : ces acteurs principaux du monde informatique ont comme ambition louable (et certainement commerciale) de faciliter la gestion et le stockage des données médicales de chacun en abolissant le support matériel des données écrites ou iconographiques via la création de plates-formes en ligne. Le but étant de fluidifier au maximum la transmission des données médicales entre médecins, laboratoires et autres systèmes de santé


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