L’évolution biologique face à l’évolution technologique


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“L’évolution biologique face à l’évolution technologique” par le Docteur Erard de Hemricourt. Connaissez-vous Darwin et sa fameuse théorie de l’évolution ? Evidemment ! Cette théorie qui, n’en déplaise aux créationnistes, a permis d’expliquer l’apparition, le développement et la transformation des espèces vivantes sur Terre depuis les toutes premières cellules jusqu’aux êtres humains, considérés (à tort) par certains comme le cheminement absolu de la vie. Mais connaissez-vous également la théorie évolutionniste de Lamarck ? Cette hypothèse émise plusieurs décennies avant celle de Darwin et qui fut contredite justement par ce dernier, a été la première étape scientifique dans l’histoire moderne ayant permis d’approcher l’évolution des espèces vivantes sous un regard novateur, celui de la transmission des caractères acquis.

Mais que nous dit en substance Monsieur Jean-Baptiste de Lamarck ? Et bien, selon ce scientifique, pour survivre, les espèces vivantes (et l’homme) vont au cours de leur existence devoir s’adapter (qu’il s’agisse de leur comportement ou des paramètres organiques ou physiologiques) aux contraintes liées au monde extérieur. Dans un second temps, toutes les modifications acquises au cours de la vie d’un individu seront transmises à ses descendants. Sur le plan biologique, génétique ou évolutionniste, on le sait, il n’en est rien et les caractères acquis au cours d’une vie ne sont pas transmis génétiquement d’une génération à l’autre. C’est la nature qui sélectionne les plus résistants. Mais comme nous allons le voir plus loin, il se pourrait bien que Monsieur de Lamarck n’ait pas eu entièrement tort.


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A l’aube du XXIe siècle, nous assistons à une modification en profondeur de nos comportements modernes et cela en raison des possibilités techniques, informatiques, intellectuelles et sociales qui nous sont offertes. Selon le futurologue américain Ray Kurzweil, nous serions même en train de vivre nos dernières années avant d’atteindre la Singularité correspondant à un point d’inflexion dans l’histoire de l’évolution humaine. Selon Kurzweil, chef de file du mouvement des transhumanistes, cette singularité qui devrait survenir à l’horizon des années 2030-2040 correspondrait à une époque clé où les progrès technologiques et les avancées scientifiques seront si rapides et si importants que le futur en deviendrait incertain, en tout cas d’un point de vue humain. Cependant, selon le dernier ouvrage d’Alain Dupas et Gérard Huber (« La Grande rupture ? » aux éditions Robert Laffont), même si l’on assiste à une augmentation exponentielle affolante du rythme des découvertes scientifiques (et médicales), on assiste en même temps à une complexification de plus en plus importante de notre société ce qui, selon eux, empêchera(it) cette singularité de survenir.

Quoi qu’il en soit, on ne peut nier que, sur le plan culturel, notre évolution d’homme moderne se déroule beaucoup plus rapidement que notre évolution biologique qui a prévalu au cours des millions d’années écoulés. Récemment, une équipe internationale de seize scientifiques a publié une étude révélant que chaque individu porte en lui entre 100 et 200 nouvelles mutations génétiques ce qui signifie que vous et moi avons au sein de notre code génétique entre 100 à 200 modifications de l’ADN, non présentes chez nos parents directs (Xue et al, Curr Biol. 2009 Sep 15;19(17):1453-7). Ces chercheurs ont, grâce à l’efficacité de plus en plus importante des séquenceurs génétiques, réussi à décrypter des séquences entières de l’ADN humain. Leurs résultats indiquent la présence d’une mutation tous les 15 à 30 millions de nucléotides. Heureusement, la plupart de ces mutations restent silencieuses car elles se situent au sein de séquences génétiques non codantes. En 2010, une autre équipe de chercheurs allemands à réussi à quantifier la vitesse de l’évolution génétique au sein d’une plante précise, l’Arabidopsis thaliana (Stephan Ossowski et al ; Science 2010 ; 327 (5961) : 92-94). De là, ces scientifiques ont extrapolé leurs résultats directement à l’homme en montrant que chaque individu possède au moins 60 nouvelles mutations génétiques par rapport à ses parents directs. Par rapport aux trois milliards de paires de bases contenues dans notre génome, le chiffre de soixante voire deux cent mutations nouvelles reste ridiculeusement bas et c’est cela qui explique la nature extrêmement lente de l’évolution des espèces vivantes sur terre. Cependant, avec la technologie moderne, l’évolution darwinienne devient désormais quantifiable.

Et, même si l’on tient compte d’une certaine accélération de l’évolution biologique chez l’homme depuis une dizaine de milliers d’années, époque correspondant à la création des premières sociétés humaines (cf le livre de Gregory Cochran et Henry Harpending : « The 10000 Year Explosion: How Civilization Accelerated Human Evolution »), cette évolution biologique ne fait que pâle figure vis-à-vis de la célérité de l’évolution technologique dictée en partie par la loi de Moore à laquelle l’homme moderne est soumis. Pour rappel, selon cette loi (qui n’en est pas vraiment une), le nombre de transistors sur un processeur (et indirectement la puissance informatique) double tous les 18 mois. Face à cette rapidité, l’évolution biologique est battue à plate couture et il faut désormais parler d’évolution culturelle pour décrire la transformation de l’individu au cours des derniers siècles et surtout des dernières décennies. C’est justement ici qu’intervient d’une certaine façon le renouveau des théories lamarckiennes : l’homme moderne, pour survivre doit (devra) s’adapter aux conditions de vie imposées par les rapides progrès technologiques actuels. Il en a été ainsi pour les remouleurs et autres professions oubliées de l’Histoire et il en sera de même pour certains métiers actuels s’ils ne s’adaptent pas à court ou à moyen terme aux progrès scientifiques et aux évolutions de la société.

Désormais, l’évolution de l’espèce humaine ne sera plus biologique, processus beaucoup trop lent à l’échelle humaine mais se fera sur le plan culturel et technologique. Et au vu des prédictions énoncées par certains futurologues, l’homme du futur n’aura plus rien à voir avec ce qui définit actuellement notre condition humaine. Crédit photo : Charles Darwin – wikimedia commons


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