Inefficacité des antidépresseurs dans la majorité des cas de dépression


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“Inefficacité des antidépresseurs dans la majorité des cas de dépression” par le Docteur Erard de Hemricourt. Saviez-vous que, parmi tous les pays, la France est celui où l’on consomme le plus d’agents psychotropes (anxiolytiques, hypnotiques, antidépresseurs, neuroleptiques). La France en détient le record mondial ! Une petite pilule et hop, l’affaire est bouclée et le patient peut retourner dans ses pénates. Malheureusement tout n’est pas si simple et la dépression est une pathologie bien trop complexe pour être soignée uniquement par des antidépresseurs. D’autant plus que, depuis plusieurs années, de nombreuses études ont clairement indiqué la faillite des thérapies médicamenteuses dans certaines formes de dépression. Récemment, un article publié dans le Journal of the American Medical Association (Antidepressant Drug Effects and Depression Severity : A Patient-Level Meta-Analysis. 303(1):47-53.JAMA) a repris toutes les études pertinentes réalisées depuis une trentaine d’années qui avaient pour but de tester l’efficacité des antidépresseurs face à un placebo dans le traitement des dépressions. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le constat est sans appel.

D’après les résultats de cette méta-analyse, les antidépresseurs ne font pas mieux qu’un simple placebo (pilule de sucre sans produit actif) dans le traitement des formes mineures ou modérées de dépression qui représentent tout de même la majorité des formes cliniques. Seules les atteintes sévères (une petite minorité) peuvent retirer un bénéfice face au traitement antidépresseur. Selon le Dr Robert DeRubeis, un des investigateurs de cette méta-analyse, les médicaments antidépresseurs représentent la meilleure alternative thérapeutique en cas de syndrome dépressif majeur ; par contre, leur efficacité est loin d’être établie pour les formes mineures. Cette étude montre combien il est important pour les patients souffrant de dépression de prendre un rôle actif dans leur thérapie par exemple via des techniques de développement personnel. La prise en charge par des psychothérapeutes reste également le point d’orgue dans la thérapeutique complexe du syndrome dépressif tout comme la pratique d’un exercice physique qui permet d’atténuer les tensions nerveuses, d’évacuer le stress de la vie courante et tout simplement de se changer les idées.


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Comment expliquer que les médicaments antidépresseurs restent autant prescrits en France à l’inverse des autres pays européens alors qu’ils devraient être limités au petit nombre des formes sévères ? Et cela, malgré les recommandations officielles ! Manque de temps ? Facilité de l’ordonnance ? Difficile de répondre sans tomber dans l’excès de généralisation.

A l’avenir, avec les progrès de la pharmacogénétique, l’utilisation des antidépresseurs (et d’ailleurs de tous les autres médicaments) devrait être améliorée et adaptée au cas par cas. Comme le montre un article récemment publié dans la revue Neuron qui explique la variabilité de l’efficacité de certains antidépresseurs face à la maladie en fonction du polymorphisme génétique. Menée en partenariat avec des laboratoires américains et français sous l’égide du Dr René Hen, cette étude a analysé l’efficacité des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine en fonction de l’expression d’un certain type de récepteur à la sérotonine (Richardson-Jones, J. et al. (2010) 5-HT1A auto receptor levels determine vulnerability to stress and response to antidepressants. Neuron 65 (1): 40-52). Ces inhibteurs font partie des médicaments classiquement utilisés en psychiatrie et dont le chef de fil est le désormais célèbre ‘Prozac’. Les chercheurs ont essayé de comprendre pourquoi, chez certains malades, ces molécules fonctionnaient à merveille alors que chez d’autres, le placebo était tout aussi efficace. D’après cette étude, l’efficacité de ces médicaments serait liée à la sur-expression d’un certain type de récepteur : les auto-récepteurs 5-HT1A. D’anciennes études indiquaient déjà une influence des récepteurs de la sérotonine sur la réponse aux traitements psychotropes. Les dernières données de la littérature médicale montrent que certains individus présenteraient une altération génétique qui modulerait ainsi l’expression des autorécepteurs à la sérotonine entraînant in fine une réduction de l’efficacité thérapeutique du médicament.

En attendant de pouvoir, dans un avenir pas si lointain, anticiper l’efficacité potentielle d’un médicament et plus particulièrement des psychotropes, faisons confiance aux recommandations officielles et … à notre bon sens et évitons de tomber dans l’excès de prescription.


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