Complications post-opératoires importantes associées au tabagisme.


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“Complications post-opératoires importantes associées au tabagisme” par le Docteur Erard De Hemricourt. Si le tabagisme (actif et passif) reste indéniablement associé dans l’esprit de chacun à l’apparition de certaines pathologies cardiovasculaires ou tumorales, la relation qui existe entre la consommation de tabac et la survenue de complications post-opératoires reste beaucoup plus floue et moins évidente.

Et pourtant, de nombreuses études montrent clairement qu’il existe un risque accru de complications post-opératoires que ce soit sur le plan cardiaque, respiratoire ou infectieux lorsque le patient ne stoppe pas ses habitudes tabagiques. Autrement dit, effectuer une opération même banale chez un patient fumeur comporte un risque per-opératoire et post-opératoire supplémentaire que certains chirurgiens ou anesthésistes pourraient tout simplement refuser. C’est par ailleurs le cas en Grande Bretagne où le Collège Royal d’Anesthésiologie recommande instamment aux fumeurs d’arrêter leur consommation de tabac avant tout acte opératoire et cela le plus tôt possible en comptant un minimum de six semaines de sevrage avant toute opération.


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Il est important de savoir qu’en cas d’opération chirurgicale, tout patient fumeur qui déciderait de ne pas stopper sa consommation de tabac présente un risque accru de complications cardio-pulmonaires, un risque accru de complications infectieuses locales associées à un possible retard de cicatrisation. De plus, les patients qui continuent de fumer au moment de l’opération ont plus de chance (…) d’être admis dans un service de soins intensifs avec in fine, un allongement du séjour hospitalier. Outre la surmorbidité signalée ci-dessus, le tabagisme entraîne également une surmortalité liée à l’acte opératoire (A. Moller et al, Effet of preoperative smoking intervention on postoperative complications : a randomised clinical trial. The Lancet, vol 359 (9301) 114-117).

La fumée de cigarette contient environ 4 000 composés chimiques plus ou moins toxiques qui vont favoriser l’apparition de dégâts cellulaires et tissulaires bien déterminés. Ainsi la fumée peut entraîner des problèmes respiratoires discrets (par exemple par irritation de la paroi bronchique et atteinte de la fonction mécanique des cils bronchiques) qui seront révélés au décours d’une anesthésie. De même, directement après avoir fumé, on observe une augmentation du risque de formation de caillot (par activation de l’agrégation plaquettaire) associée à l’apparition de spasmes vasculaires qui peuvent tous deux être néfastes dans un contexte coronarien. La présence de monoxyde d’azote et de monoxyde de carbone dans la fumée de cigarette peut empêcher le transport adéquat de l’oxygène dans le sang et ainsi limiter l’oxygénation nécessaire de l’organisme surtout en cas de stress post-opératoire. Finalement, certains composés inhalés dans la fumée du tabac auront une action immunomodulatrice avec réduction de l’immunité locale ce qui peut faciliter l’infection de la plaie par d’éventuels germes bactériens.

D’après l’étude du Dr Moller citée ci-dessus, le tabagisme est le facteur de risque le plus important dans le développement des complications post-opératoires sérieuses en cas de chirurgie du genou ou de la hanche. Même s’il est recommandé au patient d’arrêter de fumer bien longtemps à l’avance avant tout acte chirurgical, il a été montré que le simple fait de stopper le jour même de l’opération diminue le risque de problèmes respiratoires pendant l’anesthésie. D’après les conclusions d’une réunion d’experts survenue en France en 2005 sous l’égide de l’Association Française de Chirurgie, la Société Française d’Anesthésie et de Réanimation et l’Office Français de prévention du Tabagisme, il existe un risque certain et quantifiable de voir survenir dans les suites opératoires de patients tabagiques des complications sur le plan infectieux, coronarien et respiratoire.

Et d’après une étude toute récente publiée en juin 2010 (Hans Nasell et al, Effect of smoking cessation intervention on results of acute fracture surgery : a randomized controlled trial. Journal of Bone and Joint Surgery, 2010 ; 92 : 1335-1342), les patients qui arrêtent de fumer après un acte chirurgical réalisé en urgence pour une fracture et cela pendant une durée de minimum six semaines présentent une meilleure cicatrisation de leur plaie et un nombre plus réduit de complications par rapport aux patients qui continuent de fumer en post-opératoire. Cette étude randomisée multi-centrique est la première du genre à étudier les effets de l’arrêt du tabagisme après l’opération.

Il est évident que demander à un fumeur d’arrêter totalement sa consommation de tabac est facile à faire mais relativement difficile à mettre en pratique. Il existe dans certains centres hospitaliers et certaines cliniques des personnes ou des groupes de travail qui peuvent justement aider le patient à se prendre en charge et à réduire progressivement son tabagisme dans un contexte chirurgical donné. Par ailleurs, le Dr Nasell espère qu’au vu des résultats obtenus dans son étude, les services chirurgicaux seront encouragés à mettre rapidement sur pied des programmes d’aide aux patients afin d’obtenir un sevrage nicotinique important voire définitif.
Docteur Erard De Hemricourt pour News Santé


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