Certitudes médicales d’aujourd’hui, erreurs médicales de demain


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“Certitudes médicales d’aujourd’hui, erreurs médicales de demain” par le Docteur Erard de Hemricourt. Sous ce titre un peu provocateur et à juste titre inquiétant, il est important de rappeler que nous vivons actuellement une époque où toutes les connaissances scientifiques s’acquièrent à une vitesse de plus en plus importante et où les données d’hier ne résistent pas à l’épreuve du temps et doivent constamment soit être remises à jour soit être abandonnées devant l’apparition de nouveaux faits. Il en est de même pour la médecine au sens large puisqu’on estime qu’après une petite dizaine d’années, environ la moitié des connaissances médicales ne sont plus entièrement correctes ce qui oblige les professionnels de santé à se recycler sur une base régulière.

De plus en plus, la médecine se dichotomise, devient hyperspécialisée, ultra-pointue et cela dans chaque domaine. Nous avons désormais des cardiologues spécialistes en rythmologie, des ophtalmologues experts dans les lésions rétiniennes, des radiologues ne pratiquant que l’examen ostéo-articulaire ou des médecins nucléaires ne travaillant que dans le domaine du PET-Scan. À force de se subdiviser, certains diront – et le disent – que la pratique médicale commence à perdre ses repères et que, de globale et holistique, elle évolue vers une approche purement organique. Et pour une partie d’entre eux, ils n’ont pas tous torts.


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Il est important pour le monde médical de savoir à un moment où l’autre prendre un peu de recul pour pouvoir se poser des questions essentielles et se donner le temps d’analyser toutes les données essentielles d’un problème. Surtout dans un monde où les connaissances d’hier sont rapidement remplacées par les découvertes de demain. Si on prend par exemple le cas de l’infarctus du myocarde, il n’y a pas si longtemps, il était strictement interdit au patient ayant fait un infarctus de réaliser le moindre effort et il n’était pas rare dans les années 1970 de voir des malades, sur ordre de leur médecin, obligés de garder le lit pendant plusieurs semaines, le temps pour que le muscle cardiaque puisse ‘se cicatriser’. On sait de nos jours qu’il n’en n’est rien et que la reprise rapide d’une activité sportive modérée sous contrôle médical est essentielle pour la survie du patient.

De même, plusieurs études de grande ampleur ont clairement souligné le bénéfice d’une activité physique régulière chez la femme souffrant d’un cancer du sein. Dans certaines études, l’addition d’une pratique physique régulière et soutenue à un traitement anti-tumoral adapté peut accroître les chances de survie de manière substantielle par rapport à un groupe témoin. Et pourtant, combien sont les médecins qui soulignent ce fait lors de la visite médicale avec leur patiente ? À force de trop regarder un point précis (le cancer), on en arrive à négliger une approche plus globale (le malade). Peut-être, d’ici quelques années, comme cela s’est passé en cardiologie avec l’infarctus du myocarde, les oncologues prescriront-ils à leurs patientes des séances obligatoires d’exercice physique dans le cadre de leur traitement anti-tumoral ?

Certaines pratiques médicales peuvent également être influencées et induites en erreur par certains messages erronés colportés par des compagnies pharmaceutiques peu scrupuleuses. Il ne faut pas regarder trop loin derrière soi pour en avoir confirmation. L’exemple du Vioxx est frappant. En 1999, la multinationale pharmaceutique Merck introduisait un nouveau médicament anti-inflammatoire dénommé Vioxx qui avait l’avantage par rapport aux autres AINS (anti-inflammatoires) d’être moins agressif pour la paroi gastrique avec moins d’effets secondaires de type gastrite ou ulcère. Progressivement, l’usage du Vioxx s’est peu à peu répandu dans la société jusqu’au moment où des médecins se sont inquiétés d’un taux plus important d’effets inattendus sur le système cardiovasculaire pouvant aller de l’infarctus jusqu’au décès du patient. Suite aux rapports médicaux relatifs aux complications cardiovasculaires du Vioxx, la compagnie Merck a été obligée de retirer du marché son médicament en 2004. Ce qui est ici franchement scandaleux et qui a en outre obligé la firme à s’expliquer officiellement devant la justice américaine, c’est le fait que la société Merck connaissait avant tout le monde que l’utilisation du Vioxx était entachée d’un risque accru d’événements cardiaques pouvant conduire à la mort. Et pourtant, les dirigeants ont préféré ne rien dire et cacher la vérité ! On ne joue pas avec la vie des malades … même pour quelques milliards de dollars.

Sans aller jusqu’à cet extrême, plusieurs études ont également souligné l’utilisation exagérée et souvent inappropriée des médicaments antidépresseurs chez la plupart des patients déprimés. En effet, la plupart de ces patients souffrent d’une forme légère à modérée de déprime et ne devraient pas recevoir d’antidépresseur qui reste inefficace chez eux. L’action de cette classe de médicaments est surtout utile chez un nombre très modéré de patients souffrant d’une atteinte sévère de dépression. Par ailleurs, lorsque l’on connaît les problèmes juridiques et les actions engagées contre les compagnies américaines sur le territoire américain (et étrangement passés sous silence chez nous) qui sont accusées de cacher des informations pharmacologiques essentielles et, pire, qui sont également accusées de collusion avec certains professeurs renommés de psychiatrie (pour les anglophones : lire l’excellent article du New York Times par Marcia Angell), on comprend mieux l’importance du problème posé par la prescription inappropriée des antidépresseurs.

Pour terminer, et devant les beaux jours ensoleillés qui s’annoncent, de nombreuses personnes partiront vers des destinations du sud afin de peaufiner leur bronzage. Elles suivront les recommandations officielles qui préconisent de se protéger des rayons solaires en évitant toute exposition prolongée entre 11 heures et 16 heures et le cas échéant, d’utiliser des crèmes solaires spécifiques afin d’éviter tout risque de mélanome ultérieurement. Or, si on se donne la peine de prendre un peu de recul et de ne pas écouter aveuglément ce que l’on nous dit, il existe quelques éléments troublants dans le dossier liant la survenue du mélanome à l’exposition solaire. Sans remettre en question cette relation qui semble relativement avérée, il est étonnant de constater que ce sont les pays qui sont le plus situés au nord et qui sont donc par définition les moins exposés au rayonnement ultraviolet cancérigène (UVA) qui développent le plus de mélanomes.

Comment peut-on expliquer logiquement cette relation inversée qui va à l’encontre du raisonnement classique. De plus, on assiste à une augmentation très importante du nombre de mélanome depuis une cinquantaine d’années (risque multiplié par 3 à 4 chez les hommes pour certains pays). Or, bizarrement, c’est depuis cette époque que l’usage des crèmes solaires a commencé à se généraliser. Certains experts expliquent cette augmentation explosive du nombre de mélanomes non pas par une exposition anormalement importante au soleil mais par une carence significative de l’organisme en vitamine D. Sous l’effet des crèmes solaires, les rayonnements ultraviolets sont filtrés et n’arrivent plus à stimuler au niveau de la peau la production de vitamine D active. Or ces dernières années, plusieurs études expérimentales ont justement démontré un rôle anticancéreux avéré de la vitamine D. Pour rajouter de l’eau au moulin, tout récemment, une plainte sur le plan fédéral a été émise par un sénateur américain concernant le rôle potentiellement cancérigène de certaines crèmes solaires qui contiennent un dérivé de la vitamine A, le rétinyl palmitate. Or ce dérivé semble avoir une action pro-cancérigène chez certains animaux de laboratoires. Le procès est en cours.

Au vu de ce qui vient d’être écrit, la médecine demeure une science et surtout un art qui reste délicat et fort compliqué à manier, surtout par les temps qui courent. Il est donc important pour le personnel de santé de savoir prendre du recul de temps en temps afin de conserver son propre libre arbitre et de pouvoir juger du bien-fondé des recommandations fournies aux patients.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2010


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