Peut-on encore leur faire confiance ?




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“Peut-on encore leur faire confiance ?” par le Docteur Erard de Hemricourt. À l’occasion de ses bons vœux, le nouveau président du LEEM (représentant des 270 entreprises de l’industrie pharmaceutique), Monsieur Hervé Gisserot appelle à une conscientisation de ses troupes pour, dit-il retrouver la confiance des Français.

Et à notre époque, les Français (mais aussi les autres Européens) ont bien besoin de retrouver une certaine confiance dans le secteur pharmaceutique. Nul besoin de rappeler le douloureux souvenir de l’affaire Médiator et des nombreux problèmes de santé entraînés par la prise (souvent inconsidérée et non justifiée) de ce médicament anorexigène.

Mais il est également important de prendre un peu de recul et de voir ce qui se passe un peu plus loin. Et loin de l’adage classique qui nous dit que l’herbe est souvent plus verte ailleurs : non ! L’herbe n’est certainement pas plus verte ailleurs.

Rappelez-vous de l’affaire liée au médicament anti-inflammatoire Vioxx commercialisé par la compagnie Merck. Cela se passait il n’y a pas si longtemps. D’après les dernières études et analyses, l’utilisation de ce médicament aurait entraîné le décès de plus de 60.000 Américains !

Oui, 60.000 personnes, cela fait un grand nombre de monde. Or, si on sait que chaque médicament comporte des effets secondaires (même pour la banale aspirine), ici, ce qui avait été reproché à la compagnie Merck, c’est d’avoir volontairement dissimulé les éléments connus qui dès le départ montraient le risque mortel de la prise de ce médicament chez certaines personnes. Pour cela, la compagnie Merck a été condamnée par la justice américaine pour dissimulation frauduleuse et de tromperie avec négligence ayant entraîné le décès de patients. Heureusement pour Merck, aux États-Unis, si on est riche on échappe à la justice et après une amende record de plusieurs centaines de millions de dollars, le cours normal (si on peut dire) a pu être repris.

Plus récemment, la compagnie américaine Johnson & Johnson a été condamnée à une autre amende record de plus de 1 milliard de dollars dans l’affaire dite du Risperdal : cette compagnie a menti sur les avantages et surtout les risques liés à cet antipsychotique.

Et pour terminer le dossier américain, cette même compagnie Johnson & Johnson (avec sa filiale DePuy) est actuellement en procès pour avoir supposément menti sur l’utilisation d’un certain type de prothèse de hanche qui comportait selon l’accusation des ‘défauts structurels’pouvant entraîner la nécrose des tissus avoisinants et un empoisonnement de l’organisme par des substances métalliques toxiques. Ici aussi, ce n’est pas tant l’effet secondaire qui est la cause du procès mais la volonté manifeste du groupe pharmaceutique d’avoir voulu taire ces effets secondaires qui étaient de longue date connus.

Nous parlons actuellement beaucoup du problème des pilules contraceptives dites de 3e et 4e génération. Sans rentrer dans les détails liés aux effets secondaires de ce genre de médicament, une pensée vient directement à l’esprit : pourquoi maintenant ? Lorsqu’on sait que les Suisses étaient déjà au courant de ce problème (avec une vidéo de la télévision suisse romande datée du 8 décembre 2011 : « Attention, cette pilule peut nuire à votre santé »), pourquoi a-t-il fallu un dépôt de plainte en France (et maintenant également en Belgique) pour lancer sur la place publique ce débat ? Doit-on parler de réelle incurie des pouvoirs publics qui sont censés protéger les consommateurs (c’est-à-dire les patients) ? Une réglementation et une mise en accord sur le plan européen seraient un élément indispensable pour éviter ce genre d’écueils à l’avenir.

Malgré tout cela, il faut raison garder et oui, il faut conserver une certaine confiance vis-à-vis du monde pharmaceutique car sans eux, nous n’en serions pas là : les antibiotiques ont révolutionné l’approche des maladies infectieuses au cours du XXè siècle. L’arrivée de nouveaux médicaments a permis de réduire très nettement la mortalité cardiovasculaire au cours des 50 dernières années. Mais faut-il pour autant plus de 10 médicaments pour réduire le cholestérol ? Plus de 50 médicaments différents pour lutter contre l’hypertension ?

Dans un avenir pas trop lointain, nos descendants seront probablement consternés voire effrayés de constater comment il était possible au XXè et au début du XXIè siècle de prescrire un type de médicament sans connaître la pharmacogénomique du patient, sans savoir si ce médicament présente une réelle efficacité ou au contraire une nocivité tenant compte des caractéristiques génétiques du patient.

Le monde pharmaceutique est arrivé à un tournant délicat de son existence. Les années d’or font indéniablement partie du passé. Il suffit de regarder les chiffres révélés par le rapport « Innothink Center for Research in Biomedical Innovation » : de 1997 à 2011, une somme totale de plus de 800 milliards de dollars a été dépensée pour l’élaboration de 139 nouvelles molécules thérapeutiques. Cela fait une moyenne de 5,7 milliards de dollars par nouveau médicament. Ce train de dépenses n’est tout bonnement plus possible à tenir. Cela coûte trop cher.

Surtout que le nombre de nouveaux médicaments dits innovants se tarit progressivement au cours du temps. Et ici, on ne parle pas de nouveaux médicaments qui ne sont qu’une pâle copie de médicaments déjà sur le marché ou de nouvelles indications thérapeutiques créées dans le but unique d’étendre des brevets déjà existants.

Si le monde pharmaceutique veut retrouver la confiance des patients, il lui faudra bien des efforts, de la clairvoyance, de la transparence et de l’honnêteté dans leur communication. Il lui faudra choisir entre profits à tout prix et … finalement ce qui est sa première mission en fin de compte, apporter la santé aux patients.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2013 – Tous droits réservés
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