Europe : de nouvelles mesures pour lutter contre le tabagisme




paquet-cigarettes-australieAlors que des pays comme l’Australie optent pour des paquets de cigarettes neutres et donc sans logo, une directive européenne présentée aujourd’hui, mercredi 19 décembre 2012, prévoit un durcissement des mesures contre le tabagisme en Europe.

L’une d’entre-elle retient tout particulièrement l’attention puisqu’elle prévoit que les messages anti-tabac (messages sanitaires et photo choc) recouvrent désormais 75% de la surface des paquets.

D’autres mesures sont également  proposées comme l’interdiction de certains types de cigarettes (mentholées , parfumées et slim) ou des mini-paquets.

Et si cette direction est plutôt bien accueillie par le Comité National contre le Tabagisme, ce dernier met toutefois en garde contre la  faiblesse de certaines dispositions et alerte sur l’influence du lobby tabac !

Voici son communiqué à propos de cette directive :

Le projet de directive prévoit de bonnes mesures et représente une avancée dans la lutte contre le tabagisme mais il importe que les Etats membres puissent aller au-delà de ce niveau minimal, en particulier au niveau de l’instauration de paquets neutres standardisés traçables. Le CNCT et les associations européennes alertent également sur l’influence délétère du lobby tabac et demandent une plus grande transparence dans le processus de décision.

A l’issue de trois années au cours desquelles le lobby du tabac et des buralistes a tout fait pour empêcher l’adoption d’une directive sur les produits, le projet vient, enfin, d’être rendu public.

Plusieurs dispositions importantes ont été retenues susceptibles de réduire la consommation de tabac. Parmi ces mesures figure notamment l’obligation d’apposer des avertissements graphiques couvrant 75% des deux côtés principaux des paquets. Ceci est déjà le cas dans d’autres pays, tel le Canada, qui compte l’un des taux les plus faibles de tabagisme, en particulier chez les jeunes.

Par ailleurs des avancées méritent également d’être soulignées dans le domaine des arômes qui accroissent l’attractivité des produits. Il est prévu de les interdire et ce pour l’ensemble des produits du tabac. Cependant, le CNCT alerte sur la nécessité d’interdire tout type d’ingrédient, et pas seulement les arômes, qui accroissent l’attractivité des produits du tabac. Tel est en particulier le cas des sucres et édulcorants, parfums, etc … qui ciblent les jeunes et les femmes et qui contribuent à faire oublier la nature et la toxicité des produits. Une étude réalisée par 60 millions de consommateurs avait souligné l’importance de l’adjonction de ces sucres dans les produits du tabac en France.

De même les dispositions introduites sur le suivi et la traçabilité des produits s’inscrivent directement dans l’engagement fort du monde de la santé publique pour lutter contre la contrebande. Toutefois, les mesures actuellement prévues ne permettent pas un contrôle des données transmises par les fabricants de tabac, encore aujourd’hui impliqués dans des affaires de contrebande. Ces mesures ne sont pas conformes aux engagements pris par l’Europe et les Etats membres il y a quelques semaines à Séoul au niveau international pour lutter efficacement contre ce problème.

D’une manière générale, le projet de Directive, s’il représente une avancée indéniable, ne constitue cependant pas une application des bonnes pratiques telles qu’elles ont été définies et adoptées par l’Europe et les Etats membres dans le cadre du traité de l’OMS, la Convention Cadre pour la Lutte Anti-Tabac. Dans cette perspective, souligne le Pr Martinet, Président du Comité National Contre le Tabagisme, « Il importe que la Directive laisse la possibilité aux Etats Membres et notamment à la France, d’aller au-delà des dispositions minimales qu’elle définit dans ce document pour réduire la consommation de tabac. Tel est particulièrement le cas pour l’introduction de paquets neutres standardisés préconisée encore récemment par la Cour des Comptes dans son rapport d’évaluation des politiques de lutte antitabac.  La directive ne prévoit pas cette disposition obligatoire pour l’Union Européenne mais elle doit clairement autoriser les Etats Membres qui souhaitent adopter cette mesure efficace. »

Enfin, au regard des pressions multiples développées par les fabricants de tabac et leurs alliés pour empêcher l’adoption de cette directive, « le CNCT et l’ensemble des organisations européennes de santé alertent sur la nécessité d’une plus grande transparence dans le processus de préparation et de décision afin que le projet ne soit pas l’objet d’un intense lobby qui le vide de toute substance. » précise Emmanuelle Béguinot, directrice du CNCT.