Antibiotiques : pour un meilleur encadrement des prescriptions




En début de semaine l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) indiquait dans son dernier Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH) que la consommation d’antibiotiques, malgré une baisse au cours de la décennie écoulée, était repartie à la hausse depuis 2006.

De ce rapport il ressortait  que les français restaient parmi les plus gros consommateurs d’antibiotiques, avec un niveau nettement supérieur à la moyenne européenne, les Français consommant ainsi trois fois plus d’antibiotiques que les Néerlandais et deux fois plus que les Allemands et les Britanniques.

Aujourd’hui, le Centre d’analyse stratégique (CAS) livre quelques pistes pour protéger le pouvoir des antibiotiques et mieux encadrer leur prescription.

Dans un communiqué publié hier, le CAS souligne que la consommation irraisonnée d’antibiotiques conduit aujourd’hui à une situation sanitaire dangereuse avec l’apparition accélérée de bactéries résistantes aux antibiotiques.

La multiplication du nombre de bactéries multi-résistantes (BMR), insensibles à la plupart voire à tous les antibiotiques disponibles, fait en particulier craindre un retour à l’ère pré-antibiotique, le coût humain et économique étant déjà particulièrement élevé.

Et de préciser qu’aujourd’hui on estime qu’au moins 25 000 patients décèdent chaque année d’une infection due à l’une des 5 bactéries multi-résistantes les plus fréquentes. A cela s’ajoute le surcoût en termes de dépenses de santé et les pertes de productivité dus aux décès et aux prolongations de maladies sont évalués à plus de 1,5 milliard d’euros par an dans l’Union.

Parce que la préservation des effets des antibiotiques nécessite une action renforcée et plus globale, le CAS émet quatre propositions :

1. Promouvoir la coordination par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’un réseau mondial de surveillance et d’alerte des bactéries multi-résistantes.

2. Rationaliser les prescriptions d’antibiotiques chez l’homme :

en envoyant chaque année à tous les médecins leur profil de prescription d’antibiotiques ;
en soutenant la création de centres interrégionaux de conseil en antibiothérapie et en renforçant le rôle du médecin antibioréférent à l’hôpital ;
en encourageant la recherche de nouveaux tests rapides d’orientation diagnostique.

3. Réduire drastiquement la consommation d’antibiotiques critiques pour l’homme chez l’animal, soit par des engagements volontaires de l’ensemble des filières, soit par des interdictions réglementaires.

4. Développer notre arsenal thérapeutique :

en renforçant les aides publiques à la recherche sur le long terme de nouveaux antibactériens et de moyens de prévention des infections ;
en clarifiant le statut réglementaire de la phagothérapie et en mettant en place un programme de recherche afin d’évaluer son potentiel thérapeutique