Une seconde thérapie ciblée contre le cancer du poumon




Lymphome pulmonaire © Inserm, L. Guillevin

Le cancer du poumon est un des quatre cancers les plus diagnostiqués dans l’Union européenne avec un taux d’incidence de 11,8 % sur l’ensemble des cancers. Il représente plus de 20 % des décès par cancer. Une étude présentée au congrès de l’ESMO 2012 a mis en évidence l’efficacité du crizotinib pour un groupe de patients représentant 5 % des cas de cancer du poumon. Il s’agit de la seconde thérapeutique ciblée mise au point contre les tumeurs pulmonaires.

L’étude de phase III randomisée* du docteur Alice Shaw du Massachusetts General Hospital Cancer Center de Boston est la première à comparer le crizonitib avec les chimiothérapies « standard » chez les patients porteurs d’une mutation du gène ALK-positif. « Après une chimiothérapie à base de platine en premier cycle, le crizotinib est plus efficace que la chimiothérapie classique en termes de réponse, de survie sans aggravation et de qualité de vie. Ces résultats établissent le crizotinib comme le traitement standard à venir pour les patients atteints d’un cancer du poumon ALK positif».

Administré par voie orale, il prolonge la survie sans aggravation de 3 à 7,7 mois. Selon le docteur Enriqueta Felip**, «c’est le second groupe de malades du cancer du poumon à pouvoir bénéficier d’une thérapeutique ciblée, après ceux porteurs de la mutation EGFR pour qui un protocole de thérapeutique ciblée est mondialement appliqué. »

Si la médecine personnalisée repose sur des tests moléculaires onéreux, elle évite beaucoup de traitements inutiles

Le docteur Jean-Pierre Armand, cancérologue, ancien président de l’ESMO, a souligné l’exemplarité de ce travail. «Les médecins, dès les phases I et II, avaient observé l’efficacité de ce médicament sur certains patients. Cette étude en phase III confirme de manière évidente l’activité clinique du crizotinib pour tous. Lorsqu’un médicament est une vraie innovation, tout va très vite. Cela permet dans la plupart des cas de réduire les coûts de
développement et donc le prix de la molécule qui devient acceptable pour la communauté ».

Il poursuit, « le test qui permet d’identifier les patients porteurs de la mutation du gène ALKpositif sensible au médicament est très coûteux et bénéficiera à 5% des personnes. C’est le cas de bien d’autres tests utilisés pour les médecines personnalisées. Mais en évitant à de nombreux patients des traitements inutiles, les investissements sur les tests devraient être largement compensés». Dans ce domaine, la France a un temps d’avance sur les autres pays européens car l’INCA a équipé beaucoup de régions en plateformes de diagnostique moléculaire. Elles sont déjà utilisées pour une série de biomarkers.

« Le démembrement de tous les cancers à travers la biologie moléculaire, estime le docteur Jean-Pierre Armand, va conduire à définir pour chaque type de cancer plusieurs maladies rares et orphelines qui nécessiteront une thérapeutique souvent unique pour un petit nombre de malades »

* L’étude de phase III randomisée a comparé l’efficacité et la sécurité du crizotinib par rapport au traitement standard de chimiothérapie à base de pemetrexed ou docetaxel chez 347 patients atteints d’un cancer du poumon ALK positif précédemment traité par chimiothérapie.
**chef du service des cancers du poumon à l’hôpital universitaire Vall D’Hebron à Barcelone