Cancer du poumon : importance des mutations génétiques chez les fumeurs




Lymphome pulmonaire © Inserm, L. Guillevin

“Cancer du poumon : importance des mutations génétiques chez les fumeurs” par le Docteur Erard de Hemricourt. Dans la recherche de l’individualisation moléculaire précise des tumeurs chez l’homme, des chercheurs américains viennent de franchir une nouvelle étape en apportant des informations génétiques primordiales concernant le cancer du poumon et surtout les différences notables existant entre les fumeurs et les non-fumeurs.

Même si la majorité des cancers pulmonaires survient chez les fumeurs, il existe toutefois un petit nombre de tumeurs (10 à 15 % de l’ensemble des cas) qui se développeront chez des individus n’ayant jamais fumé. Bizarrement (ou non), la majorité des cancers pulmonaires qui se manifestent chez les non-fumeurs appartient à la catégorie des adénocarcinomes.

Mais cette distinction ne s’arrête pas là comme vient de le montrer une étude publiée dans la revue Cell de cette semaine (Genomic Landscape of Non-Small Cell Lung Cancer in Smokers and Never-Smokers. Ramaswamy Govindan et al. Cell, Volume 150, Issue 6, 1121-1134, 14 September 2012). D’après les premiers résultats de cette analyse, le tabagisme induirait le développement au long cours des tumeurs pulmonaires en favorisant la survenue de mutations génétiques.

Lorsque les chercheurs américains ont séquencé et analysé l’ADN exprimé au sein des cellules tumorales pulmonaires chez les fumeurs et les non-fumeurs, ils se sont rendu compte que le nombre de mutations génétiques chez les fumeurs était globalement dix fois plus important que celui constaté chez les non-fumeurs. Autrement dit, les tumeurs rencontrées chez les fumeurs comportent dix fois plus de dégâts au sein du matériel génétique comparativement aux tumeurs provenant des non-fumeurs.

Et même si cela ne doit pas étonner les spécialistes, ce rapport de un à dix reste quand même assez surprenant, comme le souligne le Dr Richard K. Wilson, l’un des auteurs de l’article. Pour réaliser cette étude, les chercheurs ont analysé le matériel tumoral provenant de 17 patients, 12 fumeurs et 5 non-fumeurs. Ils ont ensuite séquencé le génome complet et le transcriptome (matériel génétique qui donne lieu à la production de protéines).

Parmi les 17 patients, plus de 3 700 mutations différentes ont été mises en évidence, toujours avec le même rapport de un à dix mentionné ci-dessus. Un des éléments intéressants de cette analyse génétique a été la mise en évidence de 54 mutations pour lesquelles un traitement spécifique existe déjà à l’heure actuelle. Chez les non-fumeurs, il y avait ainsi au moins un gène muté disposant d’un traitement spécifique existant déjà.

Pour le Dr Govindan : « ce genre d’études donne une nouvelle vision qui permet de mieux analyser ce qui se produit [au sein de la cellule tumorale]. Maintenant, il nous faut forer plus en profondeur et réaliser d’autres études pour comprendre comment toutes ces mutations entraînent l’apparition du cancer et comment peut-on les cibler avec des traitements spécifiques »

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés
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