Pourquoi le cancer augmente-t-il avec l’âge ?




©Tomas Castelazo (CC 3.0)

“Pourquoi le cancer augmente-t-il avec l’âge ?” par le Docteur Erard de Hemricourt. Quel est le principal facteur de risque du cancer chez l’adulte ? Certains diront le tabac, d’autres, l’alcool, et d’autres encore l’obésité. Ces réponses, bien que séduisantes, ne collent pas toujours à la réalité du terrain. La réponse est parfois beaucoup plus évidente.

Le principal coupable, c’est l’âge ! En effet, plus on vieillit, plus on est à risque de développer un cancer et cela quel que soit notre comportement de tous les jours ou notre mode de vie. D’ailleurs, les analyses statistiques montrent très clairement une augmentation progressive et non linéaire du taux de cancer (toutes formes confondues) avec l’âge surtout après la cinquantaine.

Les spécialistes ont même une théorie pour expliquer cet état de fait : les mutations dans nos gènes. En effet, selon cette théorie, plus on vieillit, plus on laisse de temps pour que des mutations aléatoires de notre ADN puissent s’accumuler dans nos cellules et c’est cette accumulation de lésions de l’ADN qui expliquerait à la longue la survenue de tel ou tel cancer. Évidemment, notre comportement quotidien peut d’une certaine manière accélérer ce processus (tabac, alcool, etc).

Or selon une nouvelle explication établie par le Professeur DeGregori du Centre du Cancer de l’Université du Colorado aux États-Unis, ce n’est pas le nombre de mutations stricto senso qui expliquerait le développement des cancers mais plutôt l’état tissulaire et donc l’environnement cellulaire et tissulaire qui serait en grande partie la cause (ou le responsable) de l’augmentation des cancers avec l’âge de l’individu.

Dans son article publié dans la revue Oncogene (Challenging the axiom: does the occurrence of oncogenic mutations truly limit cancer development with age? J DeGregori. Oncogene , (2 July 2012) | doi:10.1038/onc.2012.281), le spécialiste s’explique en mettant en exergue que le nombre de mutations observées chez le vieillard est sensiblement le même que celui rencontré chez le jeune adulte et qu’il existe un net décalage entre le nombre de mutations accumulées chez le jeune et la probabilité d’apparition d’un cancer.

Pour le Dr DeGregory, nos tissus sains sont remplis de mutations pouvant mener au cancer et pourtant il existe une différence très nette entre la courbe du cancer et celle liée aux mutations génétiques, surtout chez le jeune.

Cette différence est liée principalement aux lignes de défenses présentes dans l’environnement cellulaire et au sein du noyau cellulaire. Les jeunes individus ayant des cellules plus jeunes, ils possèdent de meilleures défenses pour faire face aux éventuelles cellules cancéreuses en voie de développement.

D’un autre côté, les cellules plus âgées comme celles rencontrées chez un vieillard sont en moins bonne santé, ont des défenses plus limitées et sont donc moins aptes à éviter la progression tumorale.

Ce ne sont donc pas les mutations mais la dégradation du milieu cellulaire qui expliquerait l’augmentation du risque de cancer au cours de la vie. De quoi relancer le débat entre les partisans de la théorie du milieu cellulaire et ceux en faveur d’une origine purement génétique du cancer.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés