Dépistage du cancer de la prostate par le dosage du PSA définitivement déconseillé…




© Institut National du Cancer Américain

“Dépistage du cancer de la prostate par le dosage du PSA définitivement déconseillé par les autorités américaines” par le Docteur Erard de Hemricourt”.

Nous avions déjà évoqué précédemment dans un article les prises de position explicites en défaveur du dépistage systématique du cancer de la prostate par le dosage sanguin du PSA aux États-Unis. Ces recommandations édictées par la ‘U.S. Preventive Services Task Force (USPSTF) regroupant un ensemble de spécialistes censés analyser en toute objectivé toutes les pratiques médicales qui ont pour principal sujet la prévention médicale des citoyens américains, avaient par ailleurs fait beaucoup couler d’encre entre les défenseurs de ce dosage (principalement les urologues et quelques cancérologues) et ceux opposés à l’utilisation du PSA (quasiment toutes les autres spécialités médicales ainsi que les sociétés savantes de médecine américaine, française, anglaise, belge, suisse, …).

La USPSTF vient de remettre le couvert, si l’on peut s’exprimer ainsi, en publiant ses ultimes recommandations qui sont-elles définitives et qui confirment l’absence d’intérêt médical du PSA dans le dépistage systématique du cancer de la prostate et qui rappellent également les effets secondaires et préjudiciables qui accompagnent l’utilisation du PSA chez les hommes en bonne santé (Screening for Prostate Cancer : U.S. Preventive Services Task Force Recommendation Statement. Virginia A. Moyer et al. Annals of Internal Medecine. 2012/05/22. 157 – 2).

Sans rentrer dans tous les détails qui avaient déjà été mentionnés préalablement, rappelons quelques points essentiels repris des données de cette équipe américaine pour bien replacer la problématique dans son contexte.

Si le cancer de la prostate est bien le cancer le plus fréquent chez l’homme – le risque sur toute la durée de la vie d’un homme est de 16 % ce qui représente qu’un homme sur 6 environ sera touché au cours de sa vie par le cancer de la prostate, la probabilité d’en mourir est-elle relativement faible avec un taux de mortalité de ‘seulement’ 3%. Cela signifie donc que la plupart des cancers de la prostate possèdent un bon pronostic et cela même sans traitement.

Autre élément important, le cancer de la prostate est assez rare avant l’âge de 50 ans et sa fréquence augmente proportionnellement à l’âge de l’individu avec une majorité des cas survenant après 75 ans. Cependant, si le cancer de la prostate est cliniquement rare avant l’âge de 50 ans, les premières cellules cancéreuses peuvent par contre déjà apparaître longtemps à l’avance puisqu’on estime qu’un tiers des individus âgés de 40 à 60 ans présente déjà des cellules tumorales inaugurales du cancer qui ne se manifestera ‘cliniquement’ que 10, 20 ou 30 ans plus tard.

Pour terminer, et il s’agit d’un point essentiel dans la prise de position de l’équipe américaine et de la plupart des spécialistes opposés au dosage du PSA dans le monde, le cancer de la prostate représente une maladie globalement peu mortelle (par rapport à son incidence) mais dont les traitements mis en œuvre pour s’en débarrasser peuvent occasionner des désagréments fréquents, modérés voire très importants aux patients allant de l’incontinence urinaire à l’impuissance sexuelle pour ne citer que les deux principaux.

Et certaines études indiquent même un risque de décéder qui serait loin d’être nul (estimé à moins de 1 cas pour mille patients opérés) ce qui négativerait les avantages en terme de survie liés aux traitements dits curateurs.

La question qu’il faut se poser lorsqu’on parle de dépistage du cancer et à laquelle ont essayé de répondre les experts américains est toute simple : le dépistage du cancer de la prostate permet-il de sauver des vies ? Il s’agit d’une question essentielle car de nombreuses personnes se trompent de cible en parlant du dépistage du cancer. S’ils pensent que le dépistage est là pour trouver plus de cancers, même au stade précoce, alors oui, ils ont raison. Mais il faut regarder plus loin, ce n’est pas le nombre de cancers découverts qui importe, c’est l’amélioration éventuelle de la survie globale de la population dépistée.

Qu’est ce qui à nos yeux a le plus de force ? C’est bien de savoir si nous serons encore en vie dans 10, 20 ou 30 ans. Le reste importe beaucoup moins. Et la réponse apportée par la Task Force américaine, basée sur la revue des anciennes études est loin d’être glorieuse puisqu’elle estime le bénéfice du dépistage par le dosage du PSA entre 0 et 1 décès par cancer de la prostate évité pour 1 000 hommes dépistés. Par ailleurs, les études à long terme ne montrent aucune réduction de la mortalité globale. Il s’agit d’un point essentiel à retenir lorsqu’on voudra évoquer à l’avenir le dépistage systématique du cancer de la prostate par le dosage sanguin du PSA.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés