Les nombreux visages du cancer du sein




Crédit : National Institutes of Health

“Les nombreux visages du cancer du sein” par le Docteur Erard de Hemricourt. Souvenez-vous, en 1971 le Président Nixon déclarait solennellement la guerre au cancer en promulguant le ‘National Cancer Act’ en injectant des centaines de millions de dollars dans la recherche.

Presque 40 ans plus tard, nous sommes toujours engagés dans une lutte au corps à corps avec le cancer mais notre compréhension et nos moyens thérapeutiques ont largement évolué. Il faudrait même utiliser le terme de révolution tellement les progrès ont été importants. Et cela en grande partie grâce aux avancées de la science moléculaire et des progrès dans le domaine de la génétique.

Ainsi, si on parlait hier du cancer et du traitement contre le cancer, nous savons désormais qu’il n’en est rien. Tout cela est inexact et mène à confusion car il ne faut plus parler du cancer mais des cancers et des traitements contre les cancers.

Prenons un simple exemple : le cancer du sein. Nous savons depuis de très nombreuses années que certaines personnes avec un cancer du sein type peuvent vivre sans problème avec un traitement anticancéreux classique et paradoxalement, que d’autres patientes, avec le même genre de cancer du sein et le même type de traitement ne répondront pas à leur traitement et succomberont rapidement.

Nous savons également qu’il n’existe pas un type unique de cancer du sein mais plusieurs groupes de lésions aux signatures moléculaires fort différentes. Ainsi nous avons des tumeurs dites ER + ou PR + (récepteurs à l’œstrogène et à la progestérone respectivement) ou des tumeurs exprimant un antigène appelé HER2 (traité plus spécifiquement par l’Herceptine).

Nous apprenons aujourd’hui, grâce à une étude fondamentale dans le domaine de l’analyse génétique qu’il n’existe pas un, deux ou trois types de cancer du sein mais en fait 10 cancers du sein bien distincts avec chacun une signature moléculaire différente et bien déterminée.

Ces résultats nous sont fournis par l’étude anglo-canadienne METABRIC dont les résultats viennent d’être publiés dans la revue Nature (The genomic and transcriptomic architecture of 2,000 breast tumours reveals novel subgroups. C. Curtis et al. Nature (2012) doi:10.1038/nature10983).

Une équipe de chercheurs canadiens et anglais a analysé un ensemble de lésions mammaires prélevées auprès de plus de 2000 patientes au cours des 10 dernières années. Les chercheurs se sont plus particulièrement intéressés à la signature et au profil génétique des cellules cancéreuses.

Non seulement, les chercheurs ont découvert qu’il existait 10 types de cancers différents concernant le même tissu (le sein) mais ils ont également pu relier chaque type de signature moléculaire à l’évolution clinique des patientes en faisant ressortir des groupes de bon, moyen ou mauvais pronostic.

Les scientifiques ont répertorié l’ensemble des variations génétiques (séquences SNPs et séquences CNV – copy number variations) trouvées au sein de chaque prélèvement tissulaire qui peuvent expliquer la diversité et l’hétérogénéité tumorale déjà décrite dans un précédent article. Ils ont, et c’est ici que l’étude devient originale, analysé l’expression des gènes en mesurant le nombre de brins d’ARN qui reflètent l’activation du gène stricto senso. Les chercheurs ont pu évaluer un total de 30 000 séquences d’ARN.

Les résultats finaux ont été remarquables dans le sens où l’on se rend compte que certaines séquences génétiques et certaines altérations du nombre de CNV étaient plus souvent rencontrées chez les femmes présentant certaines caractéristiques cliniques comme l’expression élevée de récepteurs aux œstrogènes ou l’expression HER2.

Comme mentionné ci-dessus, les résultats ont fourni assez de matériel pour établir une nouvelle classification portant désormais sur 10 groupes de cancers du sein. Dans ces groupes, nous retrouvons des gènes de prédisposition déjà connus mais également de nouveaux venus, insoupçonnés jusqu’à présent.

Cette avancée, cruciale dans le domaine de la cancérologie va permettre de progresser non seulement dans la compréhension du cancer en lui-même mais va nous offrir de nouveaux moyens de lutte thérapeutique avec des médicaments mieux ciblés et donc plus efficaces. Et comme le dit très bien le Professeur Carlos Caldas, l’un des instigateurs de cette étude : « il ne faut plus regarder le cancer du sein comme une maladie unique mais plutôt comme une sorte de parapluie sous lequel se cachent un ensemble de lésions toutes différentes les unes des autres. À moyen terme, nous aurons pour chaque type de cancer du sein, un traitement ciblé, adapté spécifiquement à la signature moléculaire de la tumeur ».

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés