Génétique : espoirs et déceptions




©Science-Translational-Medicine (couverture 03-2012)

“Génétique : espoirs et déceptions” par le Docteur Erard de Hemricourt. La vie est loin d’être un long fleuve tranquille et il en est de même en médecine où toutes les avancées peuvent mettre un certain temps avant de se concrétiser en pratique clinique.

Souvenons nous, en 2001 avait lieu la conférence de presse dans les bureaux de la Maison Blanche avec le Président Clinton annonçant fièrement, certes un peu trop rapidement, le décryptage du premier génome humain.

À cette époque, tous les experts avaient grand espoir de voir l’émergence d’une nouvelle ère en médecine avec la fin des maladies et surtout la fin du cancer.

Qu’en est-il dix ans plus tard ? Cet espoir démesuré a laissé place petit à petit au réalisme et pour certains au scepticisme. Si on peut parler en effet de réels progrès dans certains domaines de la médecine avec l’arrivée des premières thérapies ciblées et une meilleure compréhension des maladies, il n’en reste pas moins que les faits sont là : même si nous vieillissons de plus en plus (gain de 3 mois environ pour chaque année écoulée), nous sommes également de plus en plus malades et le poids économique de notre santé devient de plus en plus difficile à gérer pour nos décideurs politiques.

Et il n’est pas question de certains pays de l’Union Européenne car cette tendance existe déjà dans d’autres pays tels que Canada ou États-Unis et sera très certainement généralisée à l’échelle planétaire d’ici quelques décennies.

Pourquoi ce scepticisme ou plutôt ce réalisme face aux progrès décevants des progrès génétiques ? Comme le mentionne très bien un article publié cette semaine dans le journal Science Translational Medicine (The Predictive Capacity of Personal Genome Sequencing. Nicholas J. Roberts et al. Sci. Transl. Med. DOI: 10.1126/scitranslmed.3003380), malgrès nos connaissances actuelles, il n’est pas possible de se baser sur le séquençage de l’ADN pour prédire la survenue d’une maladie chez un individu donné et cela, même si notre compréhension des maladies a énormément progressé au cours des dix dernières années.

Par exemple, on sait qu’il existe un polymorphisme génétique important qui permet d’expliquer que deux patients souffrant au demeurant de la même maladie (asthme, diabète de type II, cancer du sein,…) présentent en réalité deux maladies bien distinctes sur le plan génétique.

Ainsi il n’existe pas un seul type clinique d’obésité, un seul type de bronchite chronique ou un seul type de maladie de Crohn. La richesse génétique de chaque individu se manifeste également dans la complexité des maladies et de la pluralité des mécanismes génétiques pouvant mener aux mêmes symptômes cliniques.

S’il est assez aisé de comprendre l’origine des maladies monogéniques (dues à la mutation d’un seul gène) il est par contre extrêmement compliqué de comprendre l’émergence de maladies polygéniques (plusieurs gènes atteints) qui représentent la majorité des maladies dont nous souffrons.

Or, les spécialistes avaient placé de grands espoirs dans les avancées génétiques pour essayer de comprendre, de prévenir ou de prédire ce type de maladies dites polyfactorielles. L’étude mentionnée ci-dessus nous ramène un peu sur terre en expliquant que même si nous maîtrisons, à l’heure actuelle, relativement bien certains éléments, le séquençage de l’ADN ne nous permet pas et ne nous permettra pas en tout cas à court terme de prédire correctement la survenue de la plupart des maladies polygéniques touchant notre société.

Autrement dit, cela nous ramène au débat séculaire de l’inné face à l’acquis. Nous coexistons dans un environnement toxique face auquel notre organisme a établi certaines lignes de défense. Si ces lignes de défense sont altérées, notre organisme commence à souffrir et les maladies viennent à apparaître.

Selon les données de l’article publié cette semaine, il n’est donc pas possible de dire si une personne ayant un poids normal développera au cours de sa vie un diabète de type II ou si un cancer du colon surviendra chez telle ou telle personne.

Selon le Professeur Bert Vogelstein : « la médecine personnalisée ne sera pas l’élément le plus déterminant en santé publique ». Pour arriver à ce constat, l’équipe du Professeur Vogelstein a analysé un ensemble de jumeaux identiques, dits monozygotiques et a pu établir grâce à un modèle mathématique que l’information génétique ne fournissait que peu d’informations utiles pour établir le risque de développer une maladie.

Le meilleur outil actuellement en notre possession pour estimer l’émergence de telle ou telle maladie reste la maîtrise des facteurs de risque liés à notre environnement immédiat (obésité, pollution, tabagisme, alcoolisme, hypertension artérielle, …).

Cependant, il ne faut pas tout jeter car les récentes découvertes dans la génétique médicale seront capitales pour une connaissance encore plus précise des mécanismes moléculaires à l’origine des maladies et pour ouvrir le chemin vers une vraie médecine personnalisée telle que celle mise en place dans certains cancers du sein ou certaines leucémies. Cette médecine personnalisée permettra in fine de sélectionner le meilleur test et le meilleur médicament adapté à une maladie bien définie.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés