Pourquoi est-il si difficile de combattre un cancer ?




“Pourquoi est-il si difficile de combattre un cancer ?” par le Docteur Erard de Hemricourt. Même si les taux de survie face au cancer sont globalement à la hausse pour 2012 (cf. l’article évoquant le recul de la mortalité face au cancer en Europe), il n’empêche que lorsqu’on compare la mortalité rencontrée dans les maladies cardiovasculaires avec celle des patients cancéreux, le chemin parcouru au cours de ces 50 dernières années reste peu glorieux en ce qui concerne le domaine du cancer.

Les médecins savent depuis leurs études que, pour combattre une tumeur, il vaut mieux s’y prendre tôt et que la chirurgie reste le meilleur moyen d’augmenter considérablement la survie lorsqu’une tumeur est découverte précocement. De même, les cancérologues savent (même s’ils ne souhaitent pas tous s’y appesantir) que la chimiothérapie est globalement peu efficace. En moyenne, selon certaines études, le traitement chimique du cancer ne marcherait qu’une fois sur 4 voire sur 5. Évidemment, certains cancers s’en tirent mieux que d’autres tels le cancer du sein ou le cancer du testicule.

Mais pourquoi donc est-il si difficile d’éradiquer un cancer ? D’autant plus qu’à l’heure actuelle, un grand nombre de nouveaux traitements dits ‘personnalisés’ sont en train d’émerger pour mener dignement la lutte face au cancer.

Un nouvel article d’une équipe médicale anglaise apporte un élément de réponse dans la revue New England Journal of Medicine du 8 mars (Intratumor Heterogeneity and Branched Evolution Revealed by Multiregion Sequencing, Marco Gerlinger et al., N Engl J Med 2012; 366:883-892. March 8, 2012).

L’équipe de médecins anglais a eu comme idée originale de séquencer l’exome tumoral, c’est-à-dire la partie codante de l’ADN contenue au sein des cellules cancéreuses qui avaient été prélevées dans le cadre de biopsies chez 4 patients souffrant tous de cancer rénal au stade métastatique. Non seulement, les biopsies avaient été réalisées au sein de la tumeur primitive (à plusieurs endroits différents de cette tumeur) mais également au sein des métastases, îlots de cellules cancéreuses à distance.

Les résultats ont été à la hauteur des moyens techniques mis en œuvre : les chercheurs ont pu démontrer l’importante hétérogénéité au sein du matériel génétique prélevé aux divers endroits. Pour dire clairement les choses, une grande partie des cellules métastatiques présentait des mutations génétiques (anomalies de l’ADN mais également anomalies chromosomiques) différentes de celles rencontrées au sein de la tumeur primitive. Mais le plus étonnant a été la découverte d’une importante hétérogénéité du matériel génétique au sein même de la tumeur primitive.

On savait que les cellules cancéreuses présentent toutes une instabilité génétique importante, ce qui entraîne la formation de nouvelles mutations au cours du temps (et ce qui explique pourquoi il est si difficile de traiter un cancer qui a déjà métastasé – n’oublions pas qu’un patient cancéreux ne meurt pas de son cancer primitif mais de ses métastases). On apprend désormais qu’il existe au sein même d’une tumeur primitive, des zones au comportement génétique différent.

Ainsi l’équipe de médecins anglais a pu montrer qu’il coexistait des régions de bon pronostic à côté de zones de mauvais pronostic dans le même matériel tumoral. Et si l’on s’en tient au commentaire du Dr Dan Longo, l’un des éditorialistes du Journal : « une simple biopsie de la tumeur, qui reste à l’heure actuelle la seule technique réalisée en clinique, n’est pas suffisante pour donner une vision claire des anomalies génétiques rencontrées dans une tumeur ».

Bien que les partisans de la médecine à la carte, cette fameuse médecine personnalisée, aient certainement péché par excès d’optimisme, cette découverte va permettre d’aller de l’avant dans la compréhension des mécanismes qui conduisent petit à petit à l’apparition de ces nouvelles mutations si difficiles à traiter et à éradiquer.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés

Laisser un commentaire