Découverte d’une nouvelle hormone pour expliquer les bienfaits de l’exercice physique




Novotel Fontainebleau (public domain)

“Découverte d’une nouvelle hormone pour expliquer les bienfaits de l’exercice physique” par le Docteur Erard de Hemricourt. Faites du sport, c’est bon pour la santé. Tout le monde le sait. Par contre, comment expliquer précisément comment le sport et l’exercice physique régulier permettent à la fois d’améliorer la condition physique, de réduire un état d’insulino-résistance (pour les patients diabétiques de type II), de renforcer les muscles ainsi que le muscle cardiaque, de prévenir les maladies cardio-vasculaires, de réduire le risque de développer certains cancers (sein, colon) ou d’éviter toute récidive ultérieure pour ces mêmes maladies cancéreuses ?

Bien des facteurs ont été évoqués tels que la production de monoxyde d’azote, un effet ‘insuline-like’, par ailleurs indépendant de la sécrétion d’insuline au départ des muscles, la réduction de la libération de certaines adipokines par la graisse viscérale, etc.

Une équipe de chercheurs américains vient de découvrir une nouvelle hormone dont la production semble être augmentée par la pratique de l’exercice physique et qui agirait en améliorant la régulation de la consommation énergétique in vitro et in vivo, chez la souris (A PGC1-α-dependent myokine that drives brown-fat-like development of white fat and thermogenesis. Pontus Boström et al. Nature (2012) doi:10.1038/nature10777).

Cette molécule, dénommée ‘irisine’ se trouve dans son état normal solidement ancrée au sein de la membrane des cellules musculaires. La pratique de l’exercice physique régulier va, via une cascade de réactions enzymatiques passant par l’ADN, favoriser la libération de l’irisine du feuillet cellulaire et ainsi son relargage dans le sang.

Ce serait donc l’activité physique qui modulerait essentiellement la sécrétion de cette hormone dans le sang. Les scientifiques américains ont pu montrer qu’un des rôles essentiels de l’irisine était de transformer la graisse normale (graisse blanche) en une forme métabolique hautement énergétique appelée graisse brune.

La graisse brune est cette graisse qui permet par exemple aux ours de passer l’hiver dans leur caverne bien confortablement, sans mourir de froid et de se réveiller au printemps, frais et dispos. Normalement, l’être humain ne possède que quelques reliquats de graisse brune que l’on peut par ailleurs observer lorsqu’on réalise un examen de médecine nucléaire appelé TEP-scan ou PET-scan.

Par rapport aux tissus graisseux classiques, la graisse brune contient un grand nombre de mitochondries, ces petites centrales énergétiques situées au sein de chaque cellule. C’est cela qui explique l’activité métabolique très importante de la graisse brune et sa consommation calorique fort importante.

Afin de conforter leurs découvertes sur l’irisine, les chercheurs américains, après l’avoir isolée et purifiée, l’ont injectée quotidiennement pendant une dizaine de jours à des souris obèses, prédiabétiques, nourries spécialement avec un régime enrichi en graisses. Au bout de la période d’étude, les souris boostées à l’irisine avaient perdu un peu de poids, mais présentaient surtout une insulino-résistance moindre et tout cela sans faire le moindre exercice !

Pour le Professeur Spiegelman, principal responsable de cette étude, il faut rester prudent : « cette nouvelle hormone ne permettra pas aux gens d’éviter les salles de sport car celle-ci ne présente aucune action sur les muscles et leur renforcement. Les expériences montrent que les taux d’irisine ne s’élèvent qu’au bout d’un exercice prolongé et bien soutenu et non pas d’une activité physique de courte durée ».

L’irisine n’a pas fini de faire parler d’elle puisque les scientifiques vont, via une start-up co-fondée par le Prof. Spiegelman lui-même, explorer les bénéfices de cette nouvelle molécule tant sur le plan des maladies métaboliques, de l’insulino-résistance, de la gestion de l’obésité que de certaines maladies neuro-dégénératives comme la maladie de Parkinson.

Affaire à suivre…

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés