L’arrêt prématuré des anti-oestrogènes dans le cancer du sein concernerait plus d’un tiers des patientes




Crédit : National Institutes of Health

“L’arrêt prématuré des anti-oestrogènes dans le cancer du sein concernerait plus d’un tiers des patientes” par le Docteur Erard de Hemricourt. Selon une étude révélée lors du 34e Symposium de cancérologie mammaire qui s’est tenu récemment à San Antonio au Texas, environ 36 % des patientes en post-ménopause, traitées par des anti-oestrogènes dans le cadre d’un cancer du sein arrêteraient prématurément leur traitement, et cela en raison des nombreux effets secondaires liés à la thérapie.

Le traitement par anti-oestrogènes s’effectue au moyen de molécules spécifiques appelées inhibiteurs de aromatase et concerne environ deux tiers des patientes en post-ménopause qui présentent une tumeur maligne du sein.

Cette étude est la première du genre à analyser directement, c’est-à-dire auprès des patientes elles-mêmes, les effets secondaires liés aux traitements anti-tumoraux mis en place et leur conséquence sur la poursuite du traitement. Les médecins du Robert H. Lurie Comprehensive Cancer Center de la Northwestern University ont donc posé une série de questions très précises à un ensemble de 686 femmes traitées par inhibiteur de l’aromatase. Ce questionnaire portait sur les symptômes ressentis par les patientes avant l’instauration du traitement anti-tumoral ainsi que sur les périodes allant de 3, 6, 12 à 24 mois après.

D’après les résultats, la plainte principale émise par les patientes concernait essentiellement les douleurs articulaires décrites comme très importantes pour 33 à 35 % des patientes et cela, seulement après 3 mois de traitement. De manière similaire, environ 29 % des patientes se plaignaient de bouffées de chaleur, 24 % d’une réduction de leur libido, 15 à 24 % d’une fatigue anormale et 15 % d’anxiété. Sans parler des problèmes liés à la prise de poids occasionnée par le traitement anti-tumoral.

Cette étude a le mérite d’informer sur l’écart parfois très important qui existe entre la perception par le médecin des effets secondaires et celle qu’en a la patiente. Cette divergence s’explique par deux mécanismes : tout d’abord, la patiente tend à négliger ou à amoindrir la valeur réelle des effets secondaires. Ensuite, le médecin sous-estime constamment l’importance de ces effets secondaires sur la qualité de vie des patientes.

Selon le Dr Lynne Wagner, l’une des auteurs de l’étude : « Les médecins délivrent un traitement qu’ils espèrent aidera leurs patientes. Ils sont ainsi conditionnés à sous-estimer la valeur réelle des effets secondaires. De plus, les patients ne veulent pas donner l’impression de se plaindre sans cesse ».

Les patientes qui présentent le plus de risque d’interrompre leur traitement sont celles qui ne se sont pas encore remises de leur traitement par chimiothérapie ou radiothérapie. Il est donc, d’après cette étude, important que les médecins oncologues tiennent compte de l’état général de leur patiente au moment de la prescription des anti-oestrogènes.

Au cours de ce suivi, non seulement 36 % des patientes avaient arrêté leur traitement d’elles-mêmes au bout de 4 ans, mais elles étaient déjà 10 % à le faire au bout d’une période de 2 ans. Il est donc important de ne pas s’occuper uniquement que de la tumeur mais de prendre également en compte la patiente en tant que personne physique avec si nécessaire un soutien nutritionnel et/ou psychologique.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés

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