L’efficacité des statines en prévention primaire remise en cause




“L’efficacité des statines en prévention primaire remise en cause” par le Docteur Erard de Hemricourt. Tout le monde connaît les statines, ces médicaments qui permettent de réduire le cholestérol et d’abaisser de manière importante le risque de développer des maladies cardiovasculaires dans la population à risque (prévention secondaire).

Mais qu’en est-il au sein de la population normale, n’ayant auparavant jamais développé une maladie cardiovasculaire. Bref, alors que l’intérêt des statines en prévention secondaire semble prouvé de manière indéniable, quel est l’intérêt de ce genre de médicaments en prévention primaire ?

Plusieurs études avaient auparavant clairement montré un bénéfice des statines en prévention primaire poussant même certains spécialistes de la santé publique en Grande-Bretagne à clamer haut et fort qu’il faudrait rajouter des statines à l’eau du robinet pour que tout le monde puisse en bénéficier.

Une nouvelle réévaluation de l’action des statines en prévention primaire vient cependant tempérer ces excès. L’équipe du Dr Fiona Taylor vient de publier dans la très sérieuse revue d’analyse médicale Cochrane un récapitulatif (plus de 70 pages !) des plus grandes études réalisées jusqu’à ce jour reprenant les données des statines en prévention primaire. Et les conclusions de l’étude ne sont pas vraiment en faveur de l’administration massive des statines en prévention primaire.

Dans sa revue : « Statins for the primary prevention of cardiovascular disease (Review), The Cochrane Library, 2011 », il est clairement indiqué que, bien que les nombreuses études passées en revue montrent un certain avantage en prévention primaire, il est cependant fort difficile d’arriver à une conclusion définitive pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, la plupart des grosses études réalisées sur le sujet ont été commanditées et sponsorisées par l’industrie du médicament. Et les experts savent pertinemment que les études médicamenteuses menées sous l’égide d’un groupe pharmaceutique ont quasi toujours tendance à favoriser le médicament testé, ‘quelles que soient les conclusions de l’étude’.

Ensuite, au moins la moitié des 14 études passées en revue par l’analyse du Dr Taylor ne mentionnait aucun effet secondaire des statines. Or, on connaît bien les effets secondaires de cette classe de médicaments qui portent essentiellement sur les atteintes musculaires. De plus, deux des plus grandes études qui avaient été réalisées sur le sujet ont été stoppées avant terme, ‘au vu de l’importance des bénéfices manifestes des statines’ selon les divers auteurs. Cependant, selon le Dr Taylor (et d’autres spécialistes du domaine), ces études n’auraient pas dû être stoppées avant terme car, en faisant cela, on peut fausser les résultats en cachant une partie de la réalité : soit les effets positifs du médicament tendent à s’estomper à long terme, soit des effets secondaires des molécules testées tendent à apparaître après un délai de plusieurs mois.

Pour toutes ces raisons, l’équipe du Dr Taylor recommande de ne pas prescrire ‘par réflexe’ et massivement tout médicament anti-cholestérol à des individus ne présentant qu’un faible profil de risque. Sur l’ensemble des études revues et portant sur plus de 34 000 patients, les résultats ont montré que, pour diminuer chaque année d’une unité la mortalité cardiovasculaire, il faudrait prescrire une statine à environ 1000 personnes (9 décès /1000 personnes à 8 décès / 1000 personnes). Cela représente un nombre important d’individus qui prendraient ce médicament sans aucun avantage escompté mais avec, pour certains, tous les effets secondaires.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés