Nouveaux outils pour anticiper le risque d’infarctus



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« Nouveaux outils pour anticiper le risque d’infarctus » par le Docteur Erard de Hemricourt.

La prise en charge médicale des patients souffrant de maladie cardiovasculaire a fait d’énormes progrès au cours de la deuxième moitié du XXe siècle offrant de ce fait une réduction très importante de la mortalité. Malgré cela, les maladies liées de près ou de loin au cœur n’en demeurent pas moins, de nos jours, la première cause de mortalité suivie de très près par le cancer.

Et bien que nous assistions depuis une dizaine d’années à l’amélioration continue des services d’urgences avec des équipes médicales et paramédicales intervenant beaucoup plus rapidement, avec de nouvelles classes de médicaments et des techniques de plus en plus affinées de cathétérisme cardiaque et de dilatation coronarienne, la pathologie cardiovasculaire reste grevée d’un taux malheureusement encore trop élevé de décès.

Évidemment, pour expliquer l’importance de cette mortalité cardiovasculaire persistante, on ne peut faire l’impasse sur l’explosion des facteurs de risques tels que nos modes de vie sédentaires, notre environnement urbain de plus en plus pollué, l’obésité adulte et même juvénile (un enfant sur 6 en France serait en surpoids voire carrément obèse) et particulièrement les nouveaux cas de diabète de type II touchant de plus en plus précocement les adultes, voire les adolescents eux-mêmes. Signalons que cette situation de diabète de type II chez le jeune adolescent était extrêmement rarissime il y a à peine une trentaine d’années !

Afin de mieux cerner le profil de risque de leurs patients et anticiper la survenue d’un infarctus du myocarde, les médecins et surtout les cardiologues ont à leur disposition plusieurs techniques qui comprennent les épreuves d’effort classiques (à vélo ou sur tapis électrique), les épreuves d’effort couplées à un acte de scintigraphie en médecine nucléaire, des échographies du muscle cardiaque stimulé par un agent pharmacologique, etc.

Ces dernières années sont apparues de nouvelles méthodologies qui commencent progressivement à faire de plus en plus leurs preuves dans la segmentation des populations à risque. Par exemple, les cardiologues utilisent désormais le scanner afin de visualiser l’intérieur des artères coronaires et de pouvoir prévoir où se produira le prochain obstacle coronarien (en fonction par exemple d’un dépôt exagéré de calcium). Cette technique – le coroscan – permet donc de visualiser l’obstacle mécanique ou le dépôt de calcium au sein de la paroi de l’artère coronaire.

Mais si l’on regarde les chiffres, on se rend compte que la plupart des infarctus ne sont pas provoqués par un rétrécissement progressif des artères coronaires mais par le saignement brutal au sein d’une artère coronaire endommagée. C’est ce que les cardiologues appellent la plaque instable.

Cette plaque est tout simplement une zone de la paroi vasculaire qui est endommagée et présente un aspect inflammatoire important. Du fait de cette inflammation, le risque est grand que la paroi se déchire brutalement et qu’il se forme un caillot (les médecins disent un thrombus) sanguin qui va instantanément provoquer un arrêt de la perfusion du muscle cardiaque avec un infarctus à la clé.

Si le coroscan (comme la plupart des autres techniques employées actuellement en cardiologie) est performant pour visualiser le rétrécissement de la paroi coronarienne, la mise en évidence de l’inflammation au sein de l’artère coronaire est cependant beaucoup plus problématique.

Une nouvelle technique, plus généralement utilisée dans le domaine de la cancérologie, pourrait peut-être apporter un élément de réponse. Selon une étude publiée fin 2013, des médecins britanniques ont réussi à mettre en évidence cette plaque instable au moyen de la technologie du TEP-scan couplée à certains traceurs spécifiques (18F-fluoride positron emission tomography for identification of ruptured and high-risk coronary atherosclerotic plaques: a prospective clinical trial. Nikhil V. Joshi et al. The Lancet. Novembre 2013).

D’après le Dr Joshi ayant participé à cette étude, la mise en évidence de niveaux de calcifications importants au sein de la paroi coronarienne permet de souligner la présence d’un phénomène inflammatoire aigu local. Et c’est justement ce phénomène inflammatoire qui serait en cause chez plus de 90 % des patients ayant rétrospectivement souffert d’un infarctus aigu du myocarde. Par ailleurs, plus d’un tiers des patients présentant une pathologie coronarienne dite stable seraient également concernés.

Les connaissances actuelles nous montrent qu’il est donc plus important d’apprécier l’inflammation locale de la paroi vasculaire plutôt qu’un éventuel rétrecissement ou obstacle partiel qui ne provoquera l’infarctus que dans 10% seulement des cas.

Autant dire que si les résultats de cette étude se confirment, les médecins disposeraient d’un atout de taille pour prévenir, parfois longtemps à l’avance, tout risque d’infarctus potentiellement mortel.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé – Tous droits réservés-
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