Hommes et femmes inégaux face à la mort subite liée au sport



© Fotolia/Inserm

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« Hommes et femmes inégaux face à la mort subite liée au sport » par le Docteur Erard de Hemricourt.

La pratique sportive est bonne pour l’organisme … sauf quand elle se complique de lésions traumatiques ou conduit dans de très rares cas à des morts subites. Et bien que ces événements soient relativement rares, du fait de leur surmédiatisation dans les journaux, ils font peurs et interpellent les sportifs.

Des données précédentes montraient déjà que les morts subites consécutives à une activité sportive se rencontraient plus souvent chez les hommes mais certains experts attribuaient cela à une participation plus réduite des femmes dans les activités physiques intenses.

Or, voici une nouvelle étude française réalisée par l’équipe du Dr Eloi Marijon à l’Université Paris Descartes qui apporte quelque éclaircissement (Incidence of sports-related sudden death in France by specific sports and sex. Eloi Marijon et al. JAMA 2013 ;310(6) : 642-643).

Les auteurs ont analysé de manière rétrospective des données récoltées entre 2005 et 2010 sur un total de 35 millions d’habitants. Les scientifiques ont retenu trois activités sportives le plus souvent pratiquées par les femmes à savoir le jogging, le vélo et la natation. Également, seules les activités intenses et soutenues ont été prises en compte puisqu’on sait qu’une faible activité physique ne conduit que très rarement à une complication sur le plan cardiovasculaire. Les données ont ensuite été classées en fonction de l’âge des individus et de leur sexe.

Un total de 775 morts subites a été enregistré au cours de la période 2005-2010. Ces décès sont survenus soit pendant l’activité elle-même soit endéans l’heure après l’arrêt de l’exercice physique. Parmi tous les cas enregistrés, seuls 42 décès concernaient des femmes (0,5 %). Ces données confirment donc bien les données précédentes puisque la grande majorité des décès sont effectivement survenus chez les hommes (95 %). Mais cela ne répond pas à la question de savoir si ces décès sont plus fréquents chez les hommes du fait de leur nombre plus important comparativement aux femmes dans la pratique des sports de haut niveau.

Pour répondre à cette question bien précise, les chercheurs ont calculé le nombre de décès sur l’ensemble des femmes et l’ensemble des hommes inclus dans la base de données. Et là, également la différence est flagrante. L’incidence de la mort subite était de 0,51 par million de femmes pratiquant une activité sportive et de 10,1 par million d’hommes soit une multiplication par vingt du risque relatif chez les hommes par rapport aux femmes !

D’après le Dr Marijon, plusieurs explications sont possibles pour expliquer cette grande différence : tout d’abord, les hommes à l’inverse des femmes peuvent débuter leur pratique sportive de manière beaucoup plus brutale, en parvenant très rapidement au summum de leurs capacités physiques.

La seconde hypothèse est plus liée à l’état des coronaires chez les hommes qui présentent plus souvent des lésions et des rétrécissements à ce niveau. Cela pouvant directement augmenter le risque coronarien chez les hommes sportifs.

Quoi qu’il en soit et sur base des données préliminaires récoltées ici, il est donc conseillé aux hommes de faire un bilan cardiovasculaire avant toute pratique sportive intense et cela surtout chez les hommes d’un certain âge puisque cette étude a également permis de montrer que le risque de mort subite, à l’inverse de ce qui est observé chez les femmes, augmenterait avec l’âge.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2013 – Tous droits réservés
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