Quand l’hypertension artérielle avance masquée



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Une pression artérielle normale chez le médecin mais élevée à domicile ? Ce phénomène dont l’origine reste inconnue, est appelé hypertension artérielle masquée. Christophe Tzourio, directeur de l’unité Inserm 708 « Neuroépidémiologie » (Université de Bordeaux Ségalen) a étudié la présence de l’hypertension artérielle masquée dans une population de 1500 personnes âgées. Non seulement très fréquente et par définition indétectable par le médecin, elle comporte chez ces personnes un fort risque d’évolution à court terme vers une hypertension artérielle permanente. Ces résultats, parus dans Journal of Hypertension, soulignent l’importance de l’automesure de la pression artérielle chez les personnes âgées pour anticiper tout risque d’accident vasculaire.

L’hypertension artérielle, dont la fréquence augmente avec l’âge, constitue un des principaux facteurs de risque d’accident vasculaire (accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde,…). Depuis que des appareils électroniques d’automesure ont rendu possible la mesure de la pression artérielle à domicile, un nouveau type d’hypertension artérielle, dite hypertension artérielle masquée, a été découvert. Celle-ci se caractérise par le fait que la pression artérielle d’une personne est normale chez le médecin mais élevée à son domicile. Phénomène d’origine inconnue, l’hypertension artérielle masquée serait aussi voire plus dangereuse que l’hypertension artérielle classique concernant le risque d’accident vasculaire.

A partir de ces postulats, l’unité Inserm 708 « Neuroépidémiologie » (Université de Bordeaux Segalen, Bordeaux) a entrepris, avec l’aide de spécialistes de l’hypertension artérielle, l’étude de l’automesure de la pression artérielle chez les personnes âgées de la cohorte des 3C à Dijon. Cette étude avait en particulier pour but d’évaluer la fréquence de l’hypertension artérielle masquée au sein d’une population de 1481 personnes âgées entre 73 et 97 ans (moyenne d’âge 78,7 ans). Après une mesure de la pression artérielle au sein d’un centre d’examen, les participants ont, dans les 15 jours suivants, procédé chez eux à la prise de leur pression artérielle au moyen d’un appareil électronique. Le protocole comprenait 18 mesures pendant 3 jours. Les mêmes mesures ont été répétées un an plus tard afin d’évaluer le risque d’évolution vers une hypertension artérielle permanente (pression artérielle élevée au centre d’examen et à domicile).

L’étude a révélé que l’hypertension artérielle masquée était très fréquente : 40 % des participants qui avaient une pression normale au centre d’examen avaient une hypertension à domicile.

Les chercheurs ont ensuite analysé l’évolution de l’hypertension masquée sans tenir compte de l’existence ou non d’un traitement puis dans le groupe de personne ne prenant pas de traitement antihypertenseur. Dans le premier groupe, le risque chez ces personnes de développer à un an une hypertension artérielle permanente était multiplié par 7. Chez celles initialement non traitées par des antihypertenseurs, le risque d’hypertension artérielle permanente était multiplié par 17.

« Ces résultats soulignent l’importance de l’automesure de la pression artérielle à domicile chez les personnes âgées afin de diagnostiquer une hypertension artérielle masquée, par nature non détectable par le médecin, et mettre en place des mesures pour baisser la pression artérielle et ainsi réduire le risque vasculaire. L’automesure permet également de renforcer le dialogue entre malade et médecin et de mieux adapter le traitement. » conclut le Professeur Christophe Tzourio, directeur de l’unité Inserm 708.

Cette étude a été financée par l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé).