A-t-on encore les moyens de soigner le cancer ?



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« A-t-on encore les moyens de soigner le cancer ? » par le Docteur Erard de Hemricourt. Lors d’une rencontre entre d’éminents cancérologues qui s’est tenue récemment à l’occasion du World Oncology en Suisse à Lugano, plusieurs sujets d’actualité dans le domaine de la cancérologie ont été débattus dont celui de plus en plus important concernant le prix à payer pour l’utilisation des nouvelles molécules dans la lutte contre le cancer.

Depuis quelques années sont apparus de nouveaux médicaments, plus précis, plus efficaces, offrant de meilleures chances en terme de curabilité mais également beaucoup, beaucoup plus chers. Ces molécules font partie de la nouvelle génération de médicaments proposant une précision thérapeutique moléculaire. Et pourtant, il s’agit bien de ces médicaments ‘ciblés’ dont il est question car l’utilisation des thérapies ciblées pose de plus en plus de problèmes en termes de coût.

Et ce n’est pas tant le coût lui-même qui est rédhibitoire. Il s’agit plutôt du rapport coût/bénéfice des nouvelles molécules et de leur efficacité comparée avec d’anciennes molécules déjà présentes sur le marché.

Ainsi récemment, trois cancérologues réputés du Memorial Sloan Kettering Cancer Center de New York ont écrit une tribune dans le New York Times déclarant clairement qu’ils n’utiliseraient pas le tout nouveau médicament anticancéreux Zaltrap fabriqué par la compagnie pharmaceutique Sanofi en raison essentiellement de son prix : plus de 11 000 dollars par mois de traitement. En comparaison, l’utilisation d’une autre molécule (Avastine) avec une même efficacité thérapeutique coûterait moitié moins.

Lorsqu’on sait qu’un tout nouveau médicament utilisé dans certaines formes de cancer du sein (Perjeta – compagnie Genentech) coûte plus de 100 000 dollars par patient pour un cycle de traitement complet aux États-Unis et que les assurances ne couvrent pas ou pas entièrement ce prix, il y a de quoi être un peu désabusé.

C’est à peu près l’avis de tous les cancérologues réunis récemment en Suisse : les nouveaux médicaments ciblés du cancer coûtent beaucoup, beaucoup trop chers et ce prix rend ces molécules tout à fait inabordables même pour les pays dits ‘riches’ Il n’est tout simplement pas possible de traiter toute une population concernée avec des médicaments aussi chers.

D’autant plus que ces nouvelles molécules, au départ encensées se sont révélées souvent décevantes à long terme : l’utilisation des thérapies ciblées n’offre en général qu’un petit répit, souvent quelques mois de survie supplémentaire. « Si la question est de savoir si le monde est en train de gagner la guerre contre le cancer, pour la plupart des tumeurs, la réponse est clairement non » a déclaré le Professeur Douglas Hanahan de l’Institut Suisse pour la Recherche expérimentale en cancérologie.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés
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