La santé des ados à la loupe



La santé des ados à la loupe : publication des données françaises de l’enquête Health Behaviour in School-aged Children (HBSC)

Le développement de Facebook et autres réseaux sociaux, l’arrivée de Twitter ou encore la mode des téléphones portables transforment nos vies et particulièrement celles des adolescents. Pour certains, cette dominante dans le quotidien des jeunes inquiète. Quels impacts ont les nouvelles technologies sur la génération collège ? Modifient-elles leur quotidien ?

Pour la première fois, l’étude HBSC apporte des éléments de réponse à ces questions. Si l’influence d’internet et des portables est manifeste, elle n’est pas toujours négative et certains constats se rejoignent dans les différents pays participant à cette étude. L’enquête HBSC est la seule existante qui passe au crible les comportements santé des adolescents dans plus de 40 pays. Ces résultats permettent d’obtenir une cartographie précise des comportements des jeunes de 11 à 15 ans et d’en mesurer l’évolution. Le volet français est coordonné par le service médical du rectorat de Toulouse sous la responsabilité des docteurs Godeau et Navarro avec la collaboration et le soutien financier de l’Institut National de la Prévention et de l’éducation pour la santé (Inpes), ainsi que de l’INSERM U1027 et de l’OFDT.

L’influence des technologies de l’information et de la communication (TIC) sur la sphère sociale des adolescents

Facebook, Twitter, Internet, téléphones portables… les 11/15 ans ont appris à vivre avec le web 2.0. Parfois diabolisées ou mal comprises des adultes, ces technologies sont une donnée clef de cette génération. Les nouveaux résultats de l’étude HBSC 2010 permettent notamment d’observer l’influence de l’utilisation de ces médias sur les comportements des adolescents.

En 2006, l’usage des TIC au collège était encore peu répandu parmi les jeunes Français, mais en quatre ans ils ont rattrapé leur retard. L’utilisation d’internet ou du portable pour communiquer prend une place de plus en plus importante au cours du collège ; en y entrant, 22 % des garçons et 31 % des filles utilisent quotidiennement les TIC pour communiquer avec leurs amis. Avant l’entrée au lycée, ce mode d’échange quotidien concerne 46% des garçons et 65% des filles. L’importance des TIC dans la vie des collégiens modifie visiblement leurs habitudes sociales : ils sont moins enclins à sortir le soir qu’auparavant, sans doute par le fait qu’ils échangent plus par texto ou internet. Les TIC leur permettent ainsi de concilier les exigences familiales et amicales souvent contradictoires à cet âge. En 2006, 14,5 % des garçons de 11 ans sortaient quatre soirs ou plus par semaine avec leurs amis, contre 10 % en 2010, cette tendance se retrouvant chez les adolescents de 13 ans pour les deux sexes.

L’utilisation des TIC pour communiquer influe aussi sur le réseau social des jeunes. Les adolescents d’aujourd’hui ont un large réseau d’amis, et, contrairement à l’idée qu’on pourrait se faire du fait des nouvelles technologies, ils ne se trouvent pas physiquement coupés des autres. Bien au contraire, plus de 93% des ados ont au moins trois véritables amis, et ont une vie amicale plus riche qu’en 2006. L’effet positif d’échanger via les réseaux ou le net est vraisemblablement de s’affranchir en partie du jugement existant dans les cours de collège.

Les jeunes et notamment les garçons ont diversifié leur bande d’amis qui compte plus de filles qu’en 2006. Si les TIC ont des effets positifs sur la diversité des amitiés, elles ne semblent toutefois pas avoir permis de rompre l’isolement de certains adolescents. Une petite minorité (moins de 2%) n’a pas d’amis, chiffre identique à 2006.

L’influence des TIC sur la sexualité des adolescents

L’évolution d’Internet pose aussi des questions sur le plan de la sexualité, ouvrant le débat sur son impact potentiellement négatif sur la vie sexuelle des jeunes. Pourtant, selon les chiffres de 2010, la sexualité des adolescents a peu évolué. Près d’un élève sur cinq en 4ème et 3ème a déjà eu un rapport sexuel, les garçons étant plus nombreux que les filles (22% vs 14%). Globalement, les jeunes gardent une bonne impression de leur première fois, seuls 2 % n’en avaient pas envie au moment où elle a eu lieu. Malgré les craintes nourries par certains éducateurs d’une sexualisation précoce liée notamment à une plus large diffusion de la pornographie grâce aux TIC, ces proportions, avec 9 % des garçons et 4 % des filles déclarant des rapports avant 13 ans, et 25,5 % des garçons (respectivement 14 % des filles) avant 15 ans, sont restées stables au cours des dernières années. Les pratiques effectives des jeunes ne semblent pas s’être profondément modifiées ces dernières années.

L’influence des TIC sur le sommeil des adolescents

Si les TIC contribuent sans doute à diminuer les sorties nocturnes des adolescents, elles perturbent leur sommeil. Ceux qui utilisent un ordinateur ont un temps de sommeil plus court (8 h 06 vs 8 h 50), de même ceux disposant d’un téléphone portable équipé d’Internet (7 h 59 vs 8 h 44) ou encore ceux regardant la télévision le soir dans leur chambre (8 h 16 vs 8 h 48). A l’inverse, les élèves de collège qui lisent dorment plus longtemps que les autres : 8 h 52 vs 8 h 28. Le sommeil apparaît ainsi en compétition avec l’utilisation des divers outils électroniques et audiovisuels disponibles dans la chambre des enfants.

L’âge où les comportements des futurs adultes se dessinent

Le collège est la période lors de laquelle les jeunes commencent à s’affirmer. Entre l’enfant et l’adulte, l’adolescent cherche ses repères et pour cela expérimente et remet en question les conseils des adultes. Alimentation, alcool, drogue, tabac, sport… de nombreuses premières habitudes, bonnes ou mauvaises, se créent au collège. On voit par exemple pour le tabac, que les années collèges sont marquées par une forte expérimentation : 30 % des collégiens avouent avoir essayé de fumer. Cette tendance progresse nettement de la 6ème (13 %) à la 3ème (52%). En 3ème, 16% d’entre eux fument déjà quotidiennement.

Au collège, l’alcool reste le produit psychoactif le plus souvent expérimenté puisque sept collégiens sur dix déclarent en avoir déjà bu au cours de leur vie. L’expérimentation de l’alcool déjà élevée à l’entrée du collège avec 53 % d’expérimentateurs, continue de progresser au cours de ces quatre années. Elle concerne 83 % des élèves de 3ème.

Si le collège ne paraît pas être une période spécifique pour découvrir l’alcool, c’est une période où l’abus d’alcool augmente fortement. Ainsi, toutes classes confondues, environ un collégien sur six dit avoir déjà connu au moins une ivresse alcoolique. En 2010, un collégien sur dix a déjà expérimenté le cannabis. Cette tendance est particulièrement marquée chez les élèves de quatrième (11 %) et de troisième (24 %), en comparaison des élèves plus jeunes (1,5 % en sixième et 4% en troisième).

Même si les adolescents ont tendance à adopter des comportements plus négatifs pour leur santé, certains repères sont en amélioration. Par exemple, on observe globalement une augmentation de la consommation quotidienne des fruits (39% en 2010 vs 31% en 2006) et légumes (45 %en 2010 vs 42 % en 2006) chez les adolescents.

La consommation de sucreries a baissé chez les ados passant de 28% en 2005 à 24% en 2010. Les filles en étant les plus consommatrices (24 % chez les garçons vs 26 % chez les filles). Concernant la consommation de boissons sucrées, environ un quart des jeunes déclare en boire quotidiennement, sans évolution depuis 2006. Les garçons sont plus consommateurs de sodas que les filles (30 % chez les garçons vs 24 % chez les filles).

Finalement, les filles ont généralement de meilleures habitudes alimentaires et font plus attention à ce qu’elles mangent. Toutefois, elles sont aussi plus nombreuses à s’investir dans une démarche de contrôle du poids, en particulier à travers un régime.

Communiqué INPES