Comment la numérisation de l’être humain bouleversera la médecine de demain



« Comment la numérisation de l’être humain bouleversera la médecine de demain » par le Docteur Erard de Hemricourt. En direct de l’IEEE-EMBS 2012 qui se tient actuellement à San Diego, nous avons eu droit ce matin à une superbe conférence par un maître en la matière, le Dr Eric Topol, cardiologue et généticien et également Directeur de l’Institut de Science translationelle Scripps situé tout près d’ici à La Jolla en Californie.

On assiste de nos jours à une transformation de notre style de vie, de notre mode de pensée, de notre façon de travailler et de nos habitudes de jeux et cette mutation est en pleine accélération comme le montrent certaines études réalisées récemment. Imaginez : il existe à l’heure actuelle plus de téléphones portables dans le monde que de toilettes ou de brosses à dent. Et la semaine dernière, lors d’une conférence en Suède, Mark Kaigwa affirmait qu’il y avait en Ouganda plus de téléphones portables que d’ampoules électriques !

Il est difficile pour un jeune d’aujourd’hui d’imaginer le chemin parcouru tellement toute la technologie environnante lui semble naturelle. Et pourtant, tout s’est passé très vite. Les hommes du futur pourront même affirmer que toute cette révolution s’est jouée en moins de 10 ans avec l’apparition du premier IPod en 2001 et, en passant par l’émergence des smartphones, la création de premier IPad en 2010.

Ces dix toutes petites années auraint été capitales dans notre évolution car grâce à la portabilité, l’ubiquité des nouveaux téléphones, nous sommes de plus en plus connectés, tout le temps et à tout endroit. Certains spécialistes ont même inventé un nouveau mot pour décrire l’homme moderne : l’Homo Distractus tellement son attention est détournée à chaque seconde par cette technologie.

Et cette distraction est loin de toucher uniquement les enfants ou adolescents. Des études et analyses très sérieuses ont mis en évidence ce type de distraction même au sein de la communauté médicale où les médecins américains passent de moins en moins de temps concentrés dans leurs tâches médicales et de plus en plus de temps sur la toile ou leurs mobiles !

Pour bien comprendre l’importance des réseaux sociaux dans notre vie de tous les jours, il suffit de se retourner et de voir le chemin parcouru par Facebook en quelques années. D’à peine un million d’utilisateurs fin 2004, ce réseau social est sur le point de dépasser le milliards d’inscrits au cours des semaines à venir (le dernier recensement réalisé le 24 août 2012 donnait un chiffre de 955 millions d’utilisateurs).

Mais en quoi cela nous concerne, nous patients, familles de patients ou même médecins ?

Et bien tout simplement, après Facebook et le réseau social 1.0, nous sommes à l’aube d’un nouveau type de réseau social que l’on pourrait dire de type 2.0, beaucoup plus orienté et spécifique à certaines maladies. Ce mouvement est déjà en place aux États-Unis avec des sociétés comme Patientslikeme ou Curetogether, essentiellement destiné au public américain et en France, depuis un an, avec la société Carenity, destiné au public francophone. Et ce mouvement ne fait que commencer.

Est-ce bien ? Oui, définitivement OUI. Car les dernières études publiées en 2011 (Siliquini) montrent qu’une très large majorité de patients iront sur le net car ils veulent jouer un rôle de plus en plus important dans la gestion de leur maladie et leur qualité de vie. L’époque où le médecin était considéré comme une sorte de Dieu vivant est révolue. Les patients, surtout s’ils souffrent de maladies chroniques ou sévères seront plus à même à s’investir dans leur vie et maladie en surfant au travers de forum ou de sites d’échange médicaux pour trouver des gens qui leur ressemblent au maximum, cela afin de pouvoir échanger des informations médicales, personnelles.

D’ailleurs, il n’est pas rare de lire dans la presse spécialisée (surtout américaine mais cela arrivera tout doucement en Europe aussi) que les patients font en général plus confiance à d’autres patients souffrant de la même maladie qu’eux qu’à leur propre médecin !

Et quand l’on pose la question aux médecins : connaissez-vous ou êtes-vous familiers avec les forums d’échanges d’informations médicales, seuls 11 % répondent par l’affirmative (source : QuantiaResearch).

Imaginez donc le gouffre qui existe à l’heure actuelle entre les patients et les médecins. Les médecins devront évoluer et s’adapter à ce changement de comportement. Ils ne pourront pas faire autrement. À l’heure où l’ordinateur prend de plus en plus de place dans la gestion des données médicales (on parle de plus en plus du ‘Cloud’ pour sauvegarder les données médicales), on commence à observer très brièvement ce que sera après-demain.

Si vous vous souvenez du superordinateur ‘Watson’ qui a beaucoup fait parler de lui aux États-Unis l’année dernière en écrasant littéralement les champions d’un jeu de culture générale (Geopardy), alors vous comprendrez ce que pourrait donner un Dr Watson au sein d’un hôpital, d’un cabinet médical ou tout simplement dans votre prochain smartphone. Est-ce réellement en train de se produire ?

Ô que oui ! En septembre 2011, Watson, en partenariat avec la société d’assurance médicale WellPoint, a commencé à ‘étudier’ la cancérologie. Les chercheurs ont ‘éduqué’ Watson à répondre aux questions médicales qu’on pouvait lui poser. Pour répondre à ce genre de questions, le superordinateur utilise toute l’information acquise et se met à fouiller dans tous les ouvrages et sites internet disponibles traitant du cancer et cela, à une vitesse de 66 millions de pages à la seconde !

Les résultats commencent à apparaître et les scientifiques pensent que Watson pourrait décrocher son diplôme de spécialiste en cancérologie en 2013. Par ailleurs, l’un des plus fameux instituts de cancérologie aux États-Unis, le Memorial Sloan-Kettering Cancer Center à New York vient de signer un partenariat avec la société IBM pour implémenter ‘Watson’ au sein de l’institution médicale.

Un autre secteur qui commence à apparaître tout doucement dans le milieu médical et qui va très certainement exploser dans les années à venir est celui des senseurs ou capteurs. Il s’agit de petites structures bourrées de technologie, que l’on peut soit placer sur sa peau, soit dans ou sur ses vêtements. Ces outils sont programmés pour vous suivre à la trace, et pas que vous mais également toute une série de paramètres physiologiques comme le rythme cardiaque, la fréquence cardiaque, le taux de glucose dans le sang, les ondes EEG, la qualité de sommeil, etc. Et lorsqu’une quelconque anomalie est perçue par la machine, elle est enregistrée et peut même être transmise directement au médecin traitant voire à un service d’urgences médicales.

Les remparts de notre ancienne culture médicale sont en train de se fissurer petit à petit et peu de gens ont la prescience de s’en apercevoir. Mais un jour pas très lointain viendra, où on se demandera : « mais comment ils faisaient avant pour diagnostiquer, soigner et guérir les malades ? »

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés
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