Mieux vaut éviter une hospitalisation le week-end



« Mieux vaut éviter une hospitalisation le week-end » par le Docteur Erard de Hemricourt. Dans le meilleur des mondes, tous les patients hospitalisés en urgence devraient recevoir un traitement optimal quel que soit leur lieu de l’hospitalisation ou le moment où elle se déroule.

Malheureusement, nous ne vivons pas entourés de Schtroumpfs mais bien dans un monde réel qui, à certains égards, est loin de représenter le monde idéal tant espéré. En effet, il est bien connu des spécialistes que les chances de recevoir une prise en charge adéquate ne sont pas les mêmes partout et à tout moment.

Les Anglo-Saxons ont même inventé une expression pour insister sur ce fait : ils l’appellent « l’effet week-end ». De nombreuses études réalisées au cours des dix dernières années montrent en effet qu’un patient hospitalisé en urgence durant un week-end pour une quelconque affection recevra un traitement de moindre qualité par rapport à un autre patient hospitalisé pour une même affection au cours de la semaine.

Et l’étude qui vient d’être publiée online dans la revue Archives of Neurology ne contredira malheureusement pas cela (Dying for the Weekend : A Retrospective Cohort Study on the Association Between Day of Hospital Presentation and the Quality and Safety of Stroke Care. W. L. Palmer et al. Arch Neurol. Published Online July 9, 2012. Doi :10.1001/archneurol.2012.1030).

Les auteurs de cette étude se sont penchés sur l’ensemble des admissions en urgence pour prise en charge d’un accident vasculaire cérébral (AVC) dans les hôpitaux anglais durant la période du 1er avril 2009 au 31 mars 2010. Ils ont ensuite établi 6 critères pour évaluer la qualité de la prise en charge de chaque patient à savoir : la possibilité d’avoir un scanner cérébral le jour de l’admission, un traitement par médicaments thrombolytiques, la survenue d’une complication (pneumonie par aspiration), la mortalité au bout de 7 jours, la sortie d’hôpital et le retour au domicile endéans les 56 premiers jours et l’éventuelle réadmission en urgence au sein de l’hôpital sur une période de 30 jours.

Au cours de cette étude, les scientifiques anglais ont récupéré 93 621 dossiers de patients hospitalisés en urgence pour un AVC. Parmi ceux-ci, 9.3 % (8 722) étaient décédés à l’hôpital au cours des sept premiers jours et 17.1 % (16 013) étaient décédés au cours des trente premiers jours. Parmi l’ensemble des admissions, 24.9 % (23 297) se sont déroulées durant le week-end.

En confrontant les deux groupes de patients – ceux qui étaient hospitalisés durant la semaine face à ceux admis durant le week-end, les chercheurs se sont rendu compte que la qualité des soins médicaux scrutée au travers des 6 critères prédéfinis était moindre pour le groupe du week-end.

Si 47.8 % des patients recevaient un scanner cérébral au jour 1 durant la semaine, seuls 42.6 % en avaient un durant le week-end. Et ce n’est pas mieux pour les autres critères : 2.7 % des patients bénéficiaient d’une thrombolyse en semaine vs 2.2 % durant le week-end. 5.1 % présentaient une complication pulmonaire pour le groupe de la semaine vs 5.6 % pour celui du week-end. La mortalité au bout de 7 jours était de 9 % pour le groupe de la semaine vs 10.3 % pour celui du week-end. Le retour à domicile endéans les 56 premiers jours : 72.9 % pour la semaine et 71.3 % pour le week-end et finalement la réadmission en urgence à l’hôpital endéans les 30 premiers jours : 11.1 % pour le groupe de la semaine vs 11 % pour celui du week-end.

Ainsi, globalement, les patients hospitalisés durant le week-end pour prise en charge en urgence d’un AVC avaient une chance plus petite de recevoir un traitement adéquat, présentaient un pronostic plus sombre à cours et moyen terme et avaient un risque plus élevé de mourir endéans les 7 premiers jours.

Comme le signalent les auteurs, ces résultats sont tout à fait concordants avec d’anciennes études réalisées au Canada, aux États-Unis, en Finlande ou en Suède et qui ne concernent pas forcément le domaine de la neurologie et plus particulièrement les AVC. Il semble donc qu’il s’agisse d’un phénomène général dans la prise en charge des patients qui serait en partie liée à la pénurie du personnel rencontrée durant les week-ends et en partie du personnel qualifié.

Les auteurs insistent également que ce problème pourrait être résolu par une meilleure prise en charge des ressources déjà existantes sur le terrain et peut-être par un investissement supplémentaire.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés