Marcher pendant 6 minutes permet de prédire la survie en cas de maladie coronarienne stable



Fernando Vidal/ Own work, (DR -Public Domain)

« Marcher pendant 6 minutes permet de prédire la survie en cas de maladie coronarienne stable » par le Docteur Erard de Hemricourt. Les patients ayant souffert d’un infarctus le savent bien : pour reprendre un cours de vie normale et accroître l’espérance de vie, il faut réduire au maximum les facteurs de risque qui ont justement mené à la pathologie cardiaque (cholestérol, hypertension, tabac, sédentarité, etc.).

Mais comment prédire le risque de refaire une complication cardiaque ou même de mourir chez ce type d’individu ? Il faut alors se référer à des tables pronostiques qui tiennent compte entre autres des facteurs de risques toujours présents, de certains marqueurs biologiques et parfois des données provenant de l’imagerie médicale (échographie, scintigraphie myocardique à l’effort).

Or, il existe un test beaucoup plus facile à mettre en œuvre, tellement facile qu’il ne faut aucun matériel à part une bonne paire de chaussures. C’est ce que tend à montrer une nouvelle étude publiée dans la revue ‘Archives of Internal Medicine’ (Six-minute walk test as a prognostic tool in stable coronary heart disease. Alexis L. Beatty et al. Arch. Intern. Med. 18 june 2012. Doi :10.1001/archinternmed.2012.2198).

Ce test consiste simplement à demander au patient de marcher le plus vite possible pendant 6 minutes et de mesurer ensuite la distance parcourue. Il s’agit donc d’un test purement fonctionnel cherchant à déterminer la capacité à réaliser un exercice soutenu dans le temps.

Les auteurs de l’étude ont utilisé ce test de septembre 2000 à décembre 2002 au sein d’un groupe de 556 patients, tous coronariens stables. Les médecins ont ensuite suivi ces patients pendant une durée de 8 ans ce qui leur a permis de calculer le risque de développer soit une insuffisance cardiaque, soit un infarctus myocardique soit de décéder.

Durant le suivi de 8 ans, il y a eu 82 hospitalisations pour prise en charge d’une décompensation cardiaque, 63 infarctus et 184 décès. L’âge médian des patients était de 79 ans (70.8 – 85.5). Les médecins ont utilisé une classification à 4 niveaux pour évaluer le test de marche : niveau 1 = 87 à 419 m, niveau 2 = 420 à 480 m, niveau 3 = 481 à 543 m et niveau 4 = 544 à 837 m, le tout bien entendu en 6 minutes.

Les résultats parlent d’eux-mêmes : les patients du groupe 1 avaient 4 fois plus de risque de développer au cours de la période de suivi, un événement cardiovasculaire (décès y compris) par rapport aux patients du niveau 4. De plus, les médecins ont pu calculer qu’à chaque réduction statistique d’une déviation standard (équivalant en termes de distance à 104 m au cours du test de 6 minutes), le risque de développer au cours de la période de suivi une insuffisance cardiaque, un infarctus du myocarde et de décéder était accru respectivement de 86 %, 47 % et 54 %.

Élément capital, l’association entre l’évolution clinique des patients et les résultats au test de marche n’était pas influencée par l’âge, le sexe, la présence de tabagisme, de diabète, un surpoids ou une hypertension artérielle. Il s’agit donc d’un élément pronostique totalement indépendant des autres facteurs de risques cardiovasculaires généralement retenus en cardiologie.

La pertinence clinique de ce test est à rapprocher du test d’effort classiquement réalisé dans le cabinet du cardiologue à la seule exception près qu’ici, aucun matériel n’est nécessaire. Ni tapis roulant, ni vélo. Il s’agit donc d’un test commode à faire et à reproduire, que le médecin peut très facilement implémenter mais que le patient peut également réaliser de lui-même ce qui lui permettra de connaître son risque futur et donc de le réduire par exemple en s’astreignant à des exercices répétés de plus en plus ardus.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés