L’expression génétique sous le contrôle de l’activité physique



Photo : Peter van der Sluijs ( C.C 3.0 )

« L’expression génétique sous le contrôle de l’activité physique » par le Docteur Erard de Hemricourt. Nous sommes tous faits de la même matière et pourtant nous sommes tous différents. Nous possédons tous le même code génétique à quelques dixièmes de pour-cent près et pourtant, la diversité règne au sein de notre espèce.

Chaque cellule ou presque de notre corps possède le même code génétique, identique et inaltéré et pourtant, une cellule du foie se comporte différemment par rapport à une cellule du rein ou un neurone.

Une des grandes découvertes de ces dernières années concerne justement l’importance du contrôle de l’expression de nos gènes par des mécanismes situés a priori à l’extérieur de notre ADN et ne faisant donc pas partie de notre code génétique stricto senso. Il est ici question non pas de la génétique mais de l’épigénétique qui recoupe tous les mécanismes qui viennent contrôler l’expression des gènes soit en allumant soit en éteignant l’interrupteur nucléaire.

Les mécanismes épigénétiques sont sous le contrôle de très nombreux facteurs encore très peu connus – du moins complètement – aujourd’hui. L’un de ces facteurs de contrôle primordiaux est notre environnement et notre façon de vivre notre vie. Et quand on parle d’environnement, il est plutôt question de notre façon de se nourrir, de faire ou non de l’exercice, de fumer ou de ne pas fumer, etc. Bref, nos gestes de tous les jours qui vont influencer directement ou indirectement l’expression de nos gènes.

Nous avions déjà parlé sur ce site de l’influence du sport sur l’expression génétique de certaines protéines contrôlant le cycle cellulaire et la réparation de l’ADN au sein du tissu prostatique chez des individus en bonne santé.

Nous savons également que l’exercice physique régulier améliore le métabolisme de notre corps en réduisant le risque d’hypertension artérielle, de diabète de type II et permet de conserver une masse musculaire de bonne qualité pour assurer une vieillesse elle aussi de bonne qualité.

Si l’influence de l’activité physique sur l’expression génétique au sein de nos muscles squelettiques est assez bien documentée, le mécanisme expliquant ce contrôle était jusqu’à présent peu clair. Or, voici qu’une équipe de chercheurs suédois, danois et irlandais vient de montrer clairement le lien entre sport et expression génétique (Acute Exercise Remodels Promoter Methylation in Human Skeletal Muscle. Romain Barrès et al. Cell Metabolism. Volume 15, Issue 3, 7 March 2012, Pages 405–411).

De nombreux éléments de recherche indiquaient auparavant que les modifications épigénétiques se produisent en partie grâce à la méthylation de l’ADN. Autrement dit, au plus l’ADN est méthylé, c’est-à-dire modifié par l’adjonction d’un groupe méthyle, au plus l’expression du gène en question est inhibée et réduite. Et inversement.

Les chercheurs mentionnés ci-dessus se sont penchés sur le lien entre exercice physique et expression génétique. Pour ce faire, ils ont pris 14 individus, jeunes et en bonne santé et les ont soumis à des séries d’exercice physique modéré et très intense. Les auteurs de l’étude ont pratiqué de petites biopsies de muscle squelettique chez chacun des individus avant et à l’issue de l’activité physique.

Chez chacun des participants, l’importance de la méthylation de l’ADN était globalement réduite après l’activité physique. Mais lorsque les chercheurs y ont regardé de plus près, ils se sont aperçus que cette diminution de la méthylation (et donc la surexpression des gènes) touchait plus particulièrement certaines séquences génétiques de gènes impliqués directement dans le métabolisme musculaire (PGC-1a, TFAM, PPAR-d, PDK4).

Et plus l’activité physique était intense et rude, plus la méthylation était réduite et donc plus l’expression des gènes en question était facilitée. Il s’agit donc d’une relation dose-dépendante. Pour l’exercice modéré, l’expression génétique était sensiblement moins modifiée de même que le degré de méthylation de l’ADN.

Cette découverte pourrait peut-être expliquer pourquoi il est plus intéressant métaboliquement parlant par exemple de pratiquer la course dite par intervalle au lieu de courir toujours à la même vitesse et pourquoi il est recommandé de soulever peu mais lourd plutôt que souvent des haltères légers. L’intensité de l’activité physique et sa difficulté étant plus importantes, les résultats sur l’organisme seront probablement beaucoup plus visibles.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés