Essai clinique pour les femmes âgées atteintes de cancer du sein



Crédit : National Institutes of Health

Nom de code ASTER70s : un essai clinique pour les femmes âgées atteintes de cancer du sein

45 % des cancers surviennent chez des personnes de 70 ans et plus[1]. Et l’incidence chez les plus de 70 ans va continuer à augmenter dans les années à venir. Or cette population âgée est encore trop souvent exclue des essais thérapeutiques, rendant impossible le développement de protocoles adaptés.

Coordonné par le Dr Etienne Brain de l’Institut Curie, promu par UNICANCER, l’essai ASTER 70s (GERICO11/PACS10) est le premier essai thérapeutique multicentrique basé sur l’analyse d’un biomarqueur pronostique chez des personnes de plus de 70 ans. Cet essai qui débute en mars 2012 et doit inclure 2 000 patientes, évaluera l’efficacité d’un traitement (chimiothérapie et hormonothérapie versus hormonothérapie seule) en fonction d’une signature, « le grade génomique ».

En 2008, sur les 320 000 cas de cancer diagnostiqué, plus de 145 000 ont touché des personnes de plus de 70 ans. Les projections indiquent que la proportion de personnes âgées concernées par le cancer va continuer à croître. « Si tous les traitements peuvent être envisagés, ils doivent le plus souvent être adaptés à l’âge et à l’état général des patients » explique le Dr Etienne Brain, médecin oncologue à l’Institut Curie. Or la population âgée a été longtemps exclue des essais thérapeutiques. Pour pallier le manque de données spécifiques aux personnes âgées, des essais cliniques spécifiques doivent se développer pour évaluer les traitements dans cette population en intégrant bénéfice absolu, espérance de vie et tolérance.

Le premier essai thérapeutique dédié aux personnes âgées

Dans le cas précis du cancer du sein, il existe un déficit de connaissances quant à l’utilisation de signatures génétiques pour mieux jauger l’effet d’un traitement chez les femmes de plus de 70 ans. C’est donc l’objet du protocole multicentrique ASTER 70s/GERICO 11[2] qui vient de débuter en mars 2012 sous l’égide de UNICANCER et dont la coordination est assurée par le Dr Etienne Brain, oncologue médical à l’Institut Curie.

Cet essai explore l’intérêt d’une chimiothérapie adjuvante post-opératoire chez la femme de 70 ans et plus, présentant un cancer du sein hormonosensible (avec récepteurs aux oestrogènes « positifs ») et sans surexpression de l’oncogène/récepteur HER2 (« HER2 négatif »). Aujourd’hui le traitement de référence pour ces femmes est une hormonothérapie prolongée sur 5 ans. L’essai prévoit de recruter 2 000 patientes qui, suite à l’analyse d’un biomarqueur pronostique, en l’occurrence le « grade génomique », se verront proposer soit le traitement de référence, soit une chimiothérapie complémentaire.

– Les patientes avec un grade génomique bas (environ 1300 patientes d’après l’expérience) ont un risque de récidive faible ; elles n’auront pas de chimiothérapie, mais seulement le traitement de référence. Ce groupe va constituer une cohorte qui sera suivie au cours du temps apportant de nombreuses informations sur la prise en charge des femmes de 70 ans et plus.

– Les patientes avec un grade génomique élevé (environ 700 patientes, d’après l’expérience), présentent un risque plus important de récidive. Elles seront traitées soit par une hormonothérapie seule (la référence), soit par une chimiothérapie courte sur 3 mois (dont la composition sera choisie par le médecin parmi 3 possibilités) suivie d’une hormonothérapie prolongée sur 5 ans. Cette option thérapeutique sera déterminée par tirage au sort, ce qui permettra d’évaluer si l’administration d’une chimiothérapie courte avant une hormonothérapie présente un bénéfice chez ces patientes.

Parallèlement, l’impact des traitements sur des paramètres biologiques reflets du vieillissement sera étudié. Des biomarqueurs moléculaires apportant des informations sur l’âge physiologique de la personne pourront aussi être étudiés.

L’oncogériatrie, qui s’organise progressivement en France, doit encore plus que pour les autres tranches d’âge, intégrer toutes les dimensions de la personne malade, et conjuguer les approches gériatrique,  oncologique, mais aussi familiale, cognitive et sociale.

Un essai thérapeutique national innovant à plus d’un titre

• Il concerne la population de plus de 70 ans généralement exclue des protocoles de rechercheclinique.
• Les critères d’inclusion sont larges pour appréhender l’hétérogénéité de cette population en fonction de l’âge (antécédents, autres pathologies, etc.).
• Il permet d’évaluer chez des patientes de plus de 70 ans la valeur pronostique d’un biomarqueur innovant.
• Il évalue la qualité de vie, l’acceptabilité des traitements, et les chevauchements des différentes pathologies liées au vieillissement et dont l’incidence ou les complications peuvent être accentuées par les traitements du cancer, en particulier par la chimiothérapie.
• Au travers d’une banque prospective de tumeurs et d’échantillons sanguins, il permettra d’étudier de nombreux facteurs biologiques cherchant à mieux comprendre les liens entre cancer et vieillissement, deux phénomènes proches et croissants dans notre société.
• Cet essai couvre tout le territoire français et implique les 18 Centres de lutte contre le cancer, plusieurs hôpitaux universitaires, hôpitaux généraux et établissements privés. Il devrait permettre de poser les bases d’une organisation solide de la prise en charge du cancer du sein chez les
femmes de plus de 70 ans. Et l’Institut Curie, en tant que centre de référence européen pour la prise en charge et la recherche sur le cancer du sein, a une position importante d’animation de ce projet national de recherche clinique sur le cancer du sein de la femme de plus de 70 ans.

Le point de vue du Dr Etienne Brain

La prise en charge d’une personne âgée atteinte de cancer ne peut pas se limiter au seul soin du cancer. Nombre de personnes âgées vivent dans l’isolement et la dépendance, avec parfois des revenus modestes, d’éventuels troubles cognitifs et démentiels. Autant de spécificités qu’il faut connaître et intégrer dans le plan de soins.

Souvent les personnes âgées souffrent parallèlement d’autres pathologies pouvant entraîner des fragilités. Le gériatre va alors appréhender au mieux l’âge physiologique de la personne, plus significatif que l’âge civil. La collaboration entre oncologues et gériatres permet ainsi d’intégrer toutes ces dimensions lors des décisions thérapeutiques.

Tous les traitements peuvent être envisagés, mais leur toxicité doit être anticipée et ils doivent le plus souvent être adaptés à l’âge et à l’état général de la personne.

Tout doit être mis en oeuvre pour que la personne âgée continue à vivre bien pendant les traitements et garder à l’esprit que l’enjeu n’est pas la guérison à tout prix, mais le contrôle de la maladie et une certaine « quantité de vie de qualité ».

Encore plus que pour les autres tranches d’âge, nous devons conjuguer les approches gériatrique, oncologique, mais aussi familiale, cognitive et sociale.

[1] Belot A, et coll. Cancer incidence and mortality in France over the period 1980-2005. Rev Epidemiol Sante Publique. 2008 Jun;56(3): 159-75. Epub 2008 Jun 10.
[2] Ce protocole fait également l’objet d’un important financement dans le cadre du Programme Hospitalier de Recherche Clinique (PHRC) 2011. Il est aussi le résultat d’un partenariat majeur entre le groupe UNICANCER et des industriels du médicament (Cephalon et Amgen) et du domaine diagnostic/biotechnologies (Ipsogen).