Un peu de lecture concernant… le cancer de la prostate



« Un peu de lecture concernant… le cancer de la prostate » par le Docteur Erard de Hemricourt. Pour une fois, on ne parlera pas de congrès médical, de découverte ou de progrès scientifique. Il sera ici question de deux ouvrages récents concernant le cancer de la prostate avec le premier des livres au titre un peu polémique voire sulfureux : « Touche pas à ma prostate » du Dr Mark Scholz et Ralph Blum et le second ouvrage, plus dans le conformisme de la médecine classique, écrit par le Professeur Henri Joyeux et le Dr Meng Huor Hay : « Le cancer de la Prostate : enrayer l’épidémie et les récidives ».

Avant d’entrer directement dans l’analyse du contenu de ces livres, il est intéressant de revenir brièvement sur la polémique qui ne cesse d’embraser certains milieux médicaux concernant l’utilité ou non d’effectuer un dépistage systématique du cancer de la prostate par le dosage du PSA chez tout homme à partir d’un certain âge.

Nous avons grosso modo deux groupes d’experts qui s’affrontent avec moult chiffres et études très complexes à l’appui : les urologues avec l’appui de certains cancérologues et… les autres spécialistes à savoir toute la corporation médicale (médecins généralistes, radiothérapeutes, oncologues, biostatisticiens, etc).

Un grand nombre de médecins en droite ligne avec les recommandations de plusieurs instances officielles comme la Haute Autorité de Santé en France, la Société américaine de Cancérologie (confirmée par les dernières recommandations parues en 2011 du Ministère de la Santé), le National Health Service en Grande Bretagne pour ne citer qu’eux, ont pris position contre le dosage en routine du PSA pour le dépistage systématique du cancer de la prostate. Selon eux, non seulement le fait de doser le PSA n’est pas fondé scientifiquement mais en plus, cette bonne intention peut se révéler délétère dans le sens où certains patients traités inutilement développeront des effets secondaires importants qui impacteront de manière négative la qualité de vie (impuissance, incontinence urinaire).

Les urologues s’opposent à tout cela en affirmant clairement que le dosage du PSA aide à dépister précocement toute lésion tumorale au sein de la prostate et comme on sait, toute tumeur découverte rapidement et traitée au stade initial présentera un taux de guérison le plus élevé.

©Thierry Souccar Editions

Pour revenir aux 2 ouvrages en question, nous commencerons par celui au titre polémique qui est la traduction d’un livre publié aux États-Unis : ‘Invasion of the prostate snatchers’ (littéralement : Invasion des profanateurs de prostate, qui fait référence à un film d’horreur de 1978 : ‘Invasion of the body snatchers’).

L’originalité de ce travail repose sur une sorte de dialogue entre un cancérologue spécialisé dans la prise en charge du cancer de la prostate et un patient ayant souffert de ce cancer. Chaque chapitre est écrit à tour de rôle par l’un des deux auteurs avec un petit commentaire personnel en fin de texte par le second auteur. Nous avons ainsi une discussion assez intéressante qui s’établit entre deux abords de la maladie (le soignant et le soigné) ce qui est assez original et enrichissant à la fois.

« Touche pas à ma prostate » se lit facilement et approche un très grand nombre de problèmes et de questions concernant la prévention, la détection et la prise en charge du cancer ainsi que les effets secondaires liés aux différents traitements (chirurgie, radiothérapie, hormonothérapie, chimiothérapie, médecine complémentaire et nutritionnelle).

C’est cette section liée aux effets secondaires qui est la plus intéressante car on s’éloigne des sentiers battus de la médecine conventionnelle qui ne ferait que reprendre doctement si l’on peut dire, l’énumération des effets secondaires. Ici on en parle, on en discute, c’est du vécu.

Il s’agit d’un ouvrage à lire et plus encore à relire si vous ou quelqu’un proche de vous est atteint par ce type de cancer.

©Editions du Rocher

Le second ouvrage, plus classique est écrit par deux professionnels de la santé, l’un cancérologue, l’autre radiothérapeute. Ce travail se lit un peu moins facilement que le premier et est assez condensé en termes d’explications. Aucun témoignage, aucune vision du côté du patient. Seules les recommandations officielles et reconnues sont reprises dans cet ouvrage bien écrit. On y parle de tout ou presque.

Petit regret, on n’insiste pas assez sur la problématique du dosage du PSA dans le cadre du dépistage systématisé du cancer de la prostate. Par contre, les auteurs énumèrent les éléments qui devraient motiver un médecin à s’engager dans la voie de la biopsie : temps de doublement ou d’évolution du PSA, densité du PSA et évolution du rapport PSA libre/PSA total. On y parle également de certains critères d’évaluation de la maladie qui dès le départ permettent de classer la maladie en fonction de sa gravité et permettent ainsi de prédire les risques de progression (classification d’Amico).

Bref, il s’agit de deux ouvrages intéressants, récents, qui se complètent et qui apportent une information riche pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus sur le premier cancer qui touche l’homme afin de faire face aux nombreuses interrogations et inquiétudes qui ne manqueront pas de survenir.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2012 – Tous droits réservés