Pourquoi nous reprenons les kilos perdus après un régime ?



Pourquoi nous reprenons les kilos perdus après un régime ? » par le Docteur Erard de Hemricourt. Quelle frustration pour bon nombre d’entre nous de revoir l’aiguille de la balance pencher du mauvais côté après avoir fait tant d’efforts pour perdre nos quelques kilos superflus. Frustrant et décourageant !

Et pourtant, d’après une récente étude américaine, tout cela s’explique facilement : le coupable ou plutôt les coupables seraient les hormones liées au contrôle de l’appétit qui resteraient altérées bien longtemps après la fin dudit régime. Point ne sert donc de courir derrière nos mauvaises habitudes ou notre faiblesse devant la nourriture, tout se joue dans notre cerveau et notre organisme.

Selon l’analyse du Dr Proietto (Long-term persistence of hormonal adaptations to weight loss. Priya Sumithran et al. NEJM 365 :1597-1604 ; octobre 27, 2011), tout régime important induit un déséquilibre dans un certain nombre d’hormones qui interviennent dans la régulation de la prise de poids et de l’appétit.

Ainsi, dans cette étude américaine, les chercheurs ont observé le profil de différentes hormones liées à la prise de poids et au contrôle de l’alimentation – ghréline, leptine, cholécystokinine, peptide YY, amyline, insuline, polypeptide pancréatique – chez un groupe de patients obèses avant le commencement d’un régime à faibles calories devant durer un total de 10 semaines. Ces hormones ont été dosées avant le début du régime, 10 et 52 semaines après la fin du régime.

Les participants, tous obèses et âgés de 27 à 40 ans avaient en moyenne perdu 13 kg pendant leur phase de diète. À la fin de la période d’observation de 52 semaines, la reprise moyenne du poids approchait les 5 kg. Mais ce qui était particulièrement intéressant concernait le profil sanguin des différentes substances hormonales dosées.

S’il était normal d’observer une perturbation des différentes hormones juste après la phase de régime, les chercheurs américains ont également observé la persistance de cette altération hormonale jusqu’à un an après la fin du régime. Les résultats montrent ainsi que, suite à la perte initiale moyenne de 13 kg, les hormones qui influencent la faim ont toutes été modifiées dans le sens allant vers la stimulation de l’appétit.

Pris dans leur ensemble, toutes les données fournies par cette étude indiquent que les personnes obèses qui sont parvenues à perdre une certaine quantité de kilos doivent surmonter bon nombre de mécanismes biologiques et biochimiques encourageant la reprise de poids et cela jusqu’à au moins un an après la fin du régime. Ces mécanismes correspondent à un avantage évident pour l’individu maigre qui se trouve dans un environnement où la nourriture n’abonde pas vraiment (par exemple la situation qui prévalait dans les temps préhistoriques) mais dans un environnement moderne comme le nôtre où la nourriture est plus qu’abondante et le niveau d’activité physique réduit à son plus bas niveau, le haut taux de rechute après une perte de poids n’est plus étonnant.

Selon le Dr Proietto, l’un des auteurs de cette étude : « notre étude fournit des éléments importants expliquant pourquoi des personnes obèses ont tendance à reprendre leurs kilos perdus. Cet échec serait en grande partie d’ordre physiologique et pas seulement lié au comportement de l’individu ou à la reprise de mauvaises habitudes alimentaires ».

Toujours d’après ce médecin : « bien que les recommandations officielles de santé publique préconisent de modifier les habitudes alimentaires et d’augmenter le niveau d’activité physique, il est fort probable que cela ne suffise pas pour inverser l’épidémie d’obésité qui se profile à l’horizon ».

Et d’après les chiffres officiels, il y a actuellement 1,5 milliard de gros et 400 millions d’obèses de par le monde. Et les estimations pour le futur sont relativement inquiétantes car les experts pensent que la moitié de la population américaine pourrait devenir obèse en 2050.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés

Crédit photo : ©Bill Branson, National Cancer Institute