La mammographie : un geste pas si anodin que cela



National Cancer Institute

« La mammographie : un geste pas si anodin que cela » par le Docteur Erard de Hemricourt. Le dépistage et plus particulièrement le dépistage du cancer du sein par la mammographie est actuellement un sujet de discussion fort couru dans le monde médical (et pas que médical : cf. ouvrage récent de Rachel Campergue) et parfois soumis à quelques belles controverses. Et l’étude qui suit ne calmera certes pas la polémique.

L’équipe du Dr Catherine Colin (radiologue – Hospices civils de Lyon, université Lyon-I) en association avec Nicolas Foray (radiobiologiste – Centre de recherche en cancérologie de Lyon) s’est penchée sur les effets liés à l’irradiation des cellules mammaires par les rayons X délivrés lors des mammographies (DNA double-strand breaks induced by mammographic screening procedures in human mammary epithelial cells. C. Colin et al. International Journal of Radiation Biology. Posted online on September 19, 2011).

Même si la mammographie est relativement sans danger dans le sens où elle n’augmente pas le risque de cancer du sein, selon les résultats de cette étude, il faut toutefois être prudent car les rayons X délivrés à faible dose lors de cet examen de dépistage sont suffisants pour induire des lésions de l’ADN contenu au sein des noyaux cellulaires des cellules irradiées et ces lésions de l’ADN peuvent mettre un certain temps à se réparer.

Les résultats de l’étude française montrent clairement que la délivrance répétée de faibles doses de rayons X occasionne un certain nombre de cassures de brins d’ADN qui ne sont pas toutes réparées après 24 heures Ce retard dans la réparation du matériel génétique se voit plus particulièrement au sein de cellules mammaires prélevées chez des femmes ayant un risque familial de cancer du sein élevé.

Même si les conclusions de ce type d’étude reposent uniquement sur des expérimentations cellulaires et ne traduisent pas forcément la réalité purement clinique, les résultats publiés incitent à une certaine prudence surtout quand l’on sait qu’à l’heure actuelle, deux des marqueurs génétiques les mieux étudiés dans la forme génétique du cancer du sein, le BRCA1 et le BRCA2 (il y en a d’autres : ATM, p53, CHEK2, CDH1, …) codent pour des molécules spécifiques qui interviennent justement dans la régulation et la réparation des lésions de l’ADN endommagé.

Ironie de la situation, ce sont justement les femmes qui présentent une histoire familiale de cancer du sein (avec ou sans gènes de prédisposition) qui seront soumises de manière plus régulière et plus assidue aux examens de dépistage avec entre autre des mammographies annuelles aux rayons X potentiellement délétères.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés