Dépistage du cancer de la prostate : pas utile pour les hommes en bonne santé !



Photo: © Institut National du Cancer Américain

« Dépistage du cancer de la prostate : pas utile pour les hommes en bonne santé ! » par le Docteur Erard de Hemricourt. Et bien, on ne pourra pas dire que ce mois d’octobre aura été de tout repos pour les partisans des campagnes de dépistage des deux cancers les plus fréquents à savoir celui du sein et celui de la prostate.

C’est tout d’abord du côté du cancer du sein qu’est venue la première attaque : en ce mois d’octobre classiquement consacré à l’information et à la lutte contre le cancer du sein (octobre rose) vient de paraître un ouvrage polémique au titre évocateur ‘No Mammo’ écrit par la kinésithérapeute Rachel Campergue. On y apprend que les campagnes de dépistage massif du cancer du sein n’ont que peu d’efficacité en terme de santé publique. Pire, ces campagnes engendreraient un excès de diagnostic et de traitement inutile pour bon nombre de patientes.

Si cela n’était pas suffisant, un groupe d’experts scientifiques américains indépendants vient de rendre un avis négatif concernant l’utilisation du dosage du PSA dans le dépistage du cancer de la prostate. Cette étude avait été commanditée directement par le ministère de la Santé aux États-Unis.

Et que dit en substance cet avis ? Tout simplement que le dépistage du cancer de la prostate par le dosage du PSA (antigène prostatique sérique – principal marqueur sanguin du cancer de la prostate) n’est pas utile chez les hommes en bonne santé. Précisons d’emblée que cette recommandation est également d’actualité en France (Haute Autorité de Santé) ou en Belgique (Fondation contre le Cancer).

D’après les experts ayant travaillé au sein de l’US Preventive Services Task Force, le dépistage du cancer de la prostate essentiellement par le dosage du PSA ne fonctionne pas en terme de réduction de mortalité. Non seulement d’après cette recommandation, le dépistage ne sert à rien mais il provoque un sur-diagnostic de tumeurs indolentes qui n’auraient jamais évolué vers le stade clinique et entraîne un excès de traitements aux complications souvent lourdes et pénibles pour les patients.

Pour alimenter le débat et la discussion qui risquent fort de se compliquer dans les jours à venir entre partisans et opposants à ce dépistage massif du cancer de la prostate, il est important de préciser que 1) d’après les données biologiques et histologiques, la plupart des cellules cancéreuses rencontrées au sein du tissu prostatique n’évolueront que très lentement ; 2) d’après les données épidémiologiques, le risque de présenter une tumeur de la prostate augmente avec l’âge du patient et, on estime grosso modo que pour chaque décennie écoulée, ce risque s’élève de 10 %.

Ainsi, pour un homme de 40 ans, la probabilité d’héberger des cellules cancéreuses au sein de sa prostate est d’environ 30 à 40 %, pour un homme de 50 ans, cette probabilité passe à 40 % et ainsi de suite. Avec l’espérance de vie grandissante des hommes, on voit bien que les individus ayant dépassé l’âge de 70-75 ans ont quasi la certitude d’avoir un cancer de la prostate soit au stade infra-clinique soit au stade clinique.

Et pourtant, le risque de mourir d’une tumeur de la prostate reste assez faible puisque selon les études publiées dans la littérature médicale, celui-ci ne dépasse jamais voire très rarement les 10 % à long terme. Exprimé d’une manière différente : il est beaucoup plus fréquent de décéder ‘avec’ son cancer de la prostate ‘qu’à cause’ de son cancer de la prostate !

Le groupe d’experts américains précise également dans son rapport que l’importance d’effets secondaires tels douleurs, incontinence urinaire ou impuissance sexuelle suite aux divers traitements du cancer de la prostate n’est pas négligeable et se ressent sur la santé générale et le bien-être des patients traités.

Petite précision, lors du récent congrès de médecine prédictive (EPMA) qui s’est tenu à Bonn en septembre 2011, plusieurs scientifiques dont le Prof. Srivastava, directeur du réseau de détection précoce des tumeurs du National Cancer Institute avaient déjà rappelé la faible utilité clinique du dosage du PSA sanguin concernant le dépistage du cancer de la prostate.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés

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