Traitement anticancéreux : pourquoi cela ne fonctionne pas et que peut-on faire pour l’améliorer ?



« Traitement anticancéreux : pourquoi cela ne fonctionne pas et que peut-on faire pour l’améliorer ? » par le Docteur Erard de Hemricourt.

À l’occasion du congrès IEEE 2011 sur la technologie médicale qui se tient cette semaine à Boston, nous avons eu droit à une excellente conférence de la part du Dr Mara Aspinall à propos de la médecine personnalisée dans le contexte de la maladie cancéreuse.

Si le Mara Aspinall n’évoque rien pour vous, sachez qu’elle a été présidente pendant de nombreuses années de la firme Genentech qui est la compagnie la plus importante de biotechnologie au monde.

Pourquoi parler de médecine personnalisée dans l’approche du cancer ? Tout simplement parce que les outils thérapeutiques actuels contre le cancer ne fonctionnent pas. Lorsque l’on regarde les statistiques que ce soit aux États-Unis ou dans le reste du monde, on s’aperçoit que la mortalité due au cancer n’a quasi pas bougé au cours des 20 à 50 dernières années alors que celle due aux maladies cardiovasculaires présente une diminution constante.

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Si l’on décortique ces chiffres, on tombe sur un constat effarant, sur des données que peu de gens et de médecins connaissent : le taux de réponse moyen de nos traitements face au cancer. Ce taux est faible, ridiculement faible puisqu’il dépasse à peine les 20 %.

En effet, dans environ 78 % des cas, nos moyens curatifs n’arriveront pas à vaincre la maladie cancéreuse. Évidemment, il existe certains types de tumeurs pour lesquels le taux de guérison est largement plus important (cancer du sein, certains cancers chez l’enfant, etc) mais globalement, le taux de réponse moyen ne dépasse pas 22 %.

Est-ce un problème lié aux médicaments anticancéreux ? La réponse est complexe : oui et non. Oui car nous devons continuellement améliorer l’efficacité et la spécificité de nos outils thérapeutiques. Et non car nous disposons déjà de bons traitements mais nous ne savons pas correctement les utiliser.

Heureusement, les choses changent petit à petit et pour avancer, les médecins devront abandonner progressivement leur mode de raisonnement lié à un certain empirisme (‘trial and error’ dans le vocabulaire anglo-saxon) qui prévalait avant l’avènement de la médecine moléculaire.

Actuellement, lorsqu’un cancérologue est confronté à une maladie cancéreuse en général, il doit choisir le meilleur traitement en fonction non seulement de l’organe atteint (cancer du foie, cancer du sein, cancer du pancréas), du sous-type de cancer et des données de la littérature. Il choisit ainsi une première ligne de traitement qui pourra être suivie par une seconde ligne voire une troisième ligne de traitement. Ainsi parle-t-on ici d’un certain empirisme.

Dans le futur (et déjà maintenant pour certains types de cancer), le médecin disposera de la signature moléculaire exacte du cancer rencontré et grâce à un test précis, sera à même d’administrer le bon traitement à la bonne dose au bon patient. C’est tout l’enjeu de la médecine personnalisée.

Mais la médecine personnalisée ne s’arrêtera pas uniquement au choix du bon traitement. Non, cette médecine dite du futur consistera non seulement à choisir le bon traitement, à en adapter le bon dosage non plus en fonction du poids du patient mais du métabolisme spécifique du patient (pas trop dosé car risque d’effets secondaires et pas sous-dosé car inefficacité du traitement). Cette future approche médicale analysera également l’éventuelle résistance de la cellule cancéreuse face au traitement administré, pourra suivre l’évolution de la maladie (par exemple en détectant le taux de cellules cancéreuses circulant dans le sang au cours du traitement), évaluera le risque de récidive de la maladie.

Grâce à cette approche, plus de vies seront sauvées et surtout le coût global devrait diminuer : moins de patients traités inutilement, moins d’effets secondaires nécessitant une prise en charge hospitalière, etc.

Si pour tout un chacun, lorsque l’on parle du cancer on ne parle que d’une maladie, c’est tout faux. Un cancer n’est pas l’autre et pour un même type d’organe touché, il existe des dizaines de sous-types différents.

Grâce aux progrès de la technologie et aux avancées de la médecine moléculaire, on est par exemple parvenu à mettre en évidence plus de 30 sous-types différents de leucémies et plus de 50 sous-types différents de lymphomes. Chacune de ces formes ayant une signature particulière spécifique, un comportement unique et donc une réponse au traitement qui pourra varier. Et cette classification à l’extrême est valable pour tous les autres types de cancer. Il n’existe donc pas un cancer mais une multitude de formes différentes de cancer.

Nous assistons à l’heure actuelle à l’arrivée (dans le commerce) non seulement de nouveaux médicaments spécifiques mais aussi de nouveaux tests diagnostiques ultra-précis à l’instar de ce qui vient de se passer récemment pour les patients souffrant de mélanome et présentant la mutation spécifique ‘BRAF’.

Il est donc temps de modifier notre conception de la médecine afin de rentrer de plain-pied dans le 21e siècle avec cette nouvelle médecine qui combinera meilleure efficacité et moindre coût.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés