Faible utilité des moyens technologiques pour établir un bon diagnostic médical



« Faible utilité des moyens technologiques pour établir un bon diagnostic médical » par le Docteur Erard de Hemricourt. A l’heure où les médecins usent et parfois même abusent de procédés de haute technologie tels CT-scan ou IRM pour parvenir à un diagnostic médical correct, voici une étude qui remettra certainement les pendules à l’heure (Utility of Clinical Examination in the Diagnosis of Emergency Department Patients Admitted to the Department of Medicine of an Academic Hospital. Liza Paley, et al. Arch Intern Med. 2011;171(15):1394-1396. doi:10.1001/archinternmed.2011.340).

Des chercheurs israéliens ont suivi pendant une période de deux mois deux médecins chevronnés dans un service d’urgence d’un hôpital israélien et ont évalué leur capacité à effectuer le bon diagnostic. Pour ce faire, les médecins disposaient essentiellement de l’historique du patient, d’un examen physique approfondi ainsi que de quelques tests basiques de laboratoire (essentiellement prise de sang, récolte d’urine et parfois électrocardiogramme).

Au cours de cette période de deux mois, un total de 442 patients consécutifs a été hospitalisé en urgence et pris en charge par ces deux médecins qui ont eu la dure tâche d’établir dès l’admission un diagnostic médical le plus exact possible en fonction des données récoltées. Les 2 médecins disposaient également des anciens tests cliniques et techniques qui avaient été réalisés préalablement à l’admission dans le service des urgences. Le diagnostic établi par les deux médecins (un résident hospitalier ayant 4 années de formation clinique et un médecin plus expérimenté – 20 ans de formation) était ensuite confronté au diagnostic final établi au décours de l’hospitalisation.

L’analyse des résultats est sans appel : l’élément principal pouvant mener au diagnostic correct était dans 20 % des cas l’historique du patient (examen anamnestique) et lorsqu’on y ajoutait un examen physique rondement mené, le taux de réussite atteignait 60 %. Avec l’aide des tests basiques de laboratoire, le diagnostic exact était finalement obtenu dans plus de 90 % des cas. Et cela sans l’aide de CT-scan, d’IRM ou d’autres commodités technologiques.

Les auteurs de l’étude précisent que : « l’utilisation de tests de laboratoires seule était très rarement utile. En association avec l’historique du patient, un bon examen physique double les chances de parvenir au bon diagnostic. L’imagerie était employée anecdotiquement (essentiellement un scanner cérébral) et n’avait que peu d’impact sur le diagnostic final. Notre étude montre clairement que plus de 80 % des patients entrés via notre service d’urgence bénéficiaient d’un diagnostic clinique correct dès leur admission en n’utilisant que des moyens humains associés à des techniques de base. »

D’après un éditorial accompagnant la publication de cette étude, le Dr Rita Redberg (centre de cardiologie du San Francisco Medical Center) précise qu’à notre époque, les médecins ont tendance à se jeter directement et trop rapidement dans la voie de la technologie et de l’imagerie médicale, parfois même sans avoir examiné leur patient.

Voici donc des données intéressantes qui redonnent leurs lettres de noblesse à une médecine d’il n’y a pas si longtemps, où seules les qualités propres au médecin suffisaient à établir le bon diagnostic médical.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés