David Servan-Schreiber : 1961 – 2011



« David Servan-Schreiber : 1961 – 2011» par le Docteur Erard de Hemricourt. C’est avec une grande tristesse que nous avons appris récemment le décès du docteur David Servan-Schreiber (DSS).

Si ce nom n’évoque pas grand-chose pour certains d’entre vous, sachez que ce médecin français s’est fait connaître mondialement par ses ouvrages récents sur le cancer et sa prise en charge par les médecines alternative et complémentaire en accompagnement des thérapies conventionnelles.

Son nom reste donc associé pour un grand nombre d’individus et surtout de patients au traitement anti-cancer, comme par ailleurs celui du Dr Béliveau, au Canada, à la nutrition anti-cancéreuse.

Dans son récent opuscule (On peut se dire au revoir plusieurs fois, ed Robert Laffont), écrit aux derniers moments de sa vie, David Servan-Schreiber revenait entre autres sur ses recommandations concernant une prise en charge optimale face au cancer. Il anticipait les immanquables critiques qui risquaient de poindre devant l’avancée de sa maladie : « si l’auteur des recommandations n’arrive pas lui-même à vaincre son cancer, qui y arrivera ? »

À l’occasion de son décès, il était important de revenir sur l’héritage que nous a légué DSS. En mentionnant d’abord un homme emprunt d’humanisme et d’empathie pour les malades en général et ceux souffrant comme lui du cancer. Ensuite, en parlant de son témoignage et de la lecture approfondie des études scientifiques de ces dernières années qui toutes ouvrent la voie sur une approche différente, plus holistique, plus globale de la maladie cancéreuse.

Comme le disait déjà le Professeur Claude Bernard dès les années 1850 avec sa théorie sur l’homéostasie, le milieu intérieur et l’environnement jouent un rôle très important dans le déclenchement des maladies. Lorsque ce délicat équilibre intérieur est rompu, l’organisme se fragilise et les maladies peuvent survenir.

Dans notre médecine moderne, occidentale, nous (les médecins mais aussi les malades) ne tenons pas ou très peu compte des autres formes de médecine, plus ‘exotiques’ et en particulier des médecines dites orientales. Même si une grande partie de ces approches reste peu comprise sur le plan intellectuel, il n’empêche que de plus en plus d’études publiées dans les revues scientifiques parviennent à en expliquer certains mécanismes et à démontrer l’intérêt à associer les traitements classiques aux autres formes de traitements dans certaines maladies bien ciblées.

Devant la complexité de notre organisme et au regard des avancées importantes réalisées récemment surtout dans le domaine de la génétique, il serait fort présomptueux d’affirmer que nous maîtrisons toutes les pièces du puzzle.

Pour progresser, il nous faudra changer notre vision de la médecine et surtout nous éloigner de notre approche très centriste, réductrice qui consiste à étudier un organe à la fois ou à se focaliser sur la maladie uniquement en faisant abstraction du reste de l’organisme.

Nous faisons un tout et si l’on développe une maladie ou un cancer, il serait peut-être bon d’en chercher la cause du côté de l’environnement tissulaire/cellulaire dégradé et non pas uniquement du côté de la cellule cancéreuse.

Sinon, comment expliquer que la simple pratique sportive régulière chez les patientes souffrant d’un cancer du sein permet d’allonger parfois de manière substantielle la survie et de diminuer le risque de récidives tumorales. Ou comment comprendre que le stress éprouvé par certains malades puisse avoir des conséquences jusqu’au niveau de leurs gènes et des mécanismes de régulation épigénétique. Et finalement, comment comprendre que l’apport d’oméga-3 ou de vitamine De chez les individus carencés peut renforcer le système immunitaire ce qui in fine, éloigne ou ralentit la survenue des maladies. En adoptant une vision globale de la maladie, nous découvrirons peut-être de nouveaux mécanismes pathogènes avec de nouveaux outils thérapeutiques à la clé.

On l’aura bien compris, tout n’est pas si simple et affirmer que boire du jus de papaye ou prendre régulièrement son comprimé de vitamine C suffira à nous faire vivre en bonne santé jusqu’à 100 ans est très simpliste et même mensonger.

Il n’empêche que, grâce au talent de David Servan-Schreiber, nous pouvons désormais aborder la maladie cancéreuse sous un nouvel angle, plus riche et plus efficace.

Merci David et adieu l’ami.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés
Photo : Couverture livre « Guérir » (2003) Crédit : © Editions Robert Laffont